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Livresquement votre : Novembre 2017

By November 23, 2017 No Comments

Par Cécile Peronnet et Théo Marie-Courtois

 

Novembre, c’est ce mois à la croisée des chemins, quand la fin de la rentrée littéraire se mêle au départ des sélections de Noël. Pour la première fois, le Sundial Press vous propose de découvrir les avis colorés, chaleureux à l’image de la fin de l’automne ou mordants en ce début d’hiver, de nos deux rédacteurs littéraires, Cécile et Théo.

 

Une pépite trouvée par Cécile: “Un livre que nous n’oublierons plus, c’est promis”

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Dans la forêt, de Jean Hegland

Parmi ce fourmillement qu’est la rentrée littéraire, cet éclatement de couleurs et de styles, se cache ce petit livre bleu-vert, dont la teinte tape-à-l’œil est plutôt rebutante de prime abord. Et puis il s’ouvre et l’on comprend. Ce petit être qui, pour une raison inconnue, ré-émerge à la surface après vingt ans d’oubli, est un ticket d’avion pour le futur, une fenêtre sur ce qui, peut-être, nous attend; et pourtant rarement un livre m’a tant emportée ailleurs. En tout cas, sa réapparition ne peut être plainte. La plume en est à la fois légère, précise et incisive; elle retrace le parcours de deux sœurs, dans un monde qui pourrait effectivement bien être le nôtre d’ici quelques décennies. La survie y est dépeinte. La peur de manquer, la peur de manger, la peur de perdre, la peur de l’autre, la peur de l’inconnu et celle du connu. La peur de vivre. La peur de mourir. En toile de fond, la relation fraternelle, teintée d’une sorte de tendresse acerbe qui laisse un goût doux-amer à la fermeture de ce livre que non, nous n’oublierons plus, c’est promis…

 

 

 

Une erreur de casting ? “Parfois, quand on émerge de certains songes, notre seul regret est qu’il se soit achevé. Ce n’est pas le cas ici” témoigne Cécile

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Les rêveuses, de Frédéric Verger

Une page, puis deux, puis trois. A chaque ligne, on se dit que ce livre va décoller, que l’histoire va prendre son sens … Mais elle ne le prendra pas. Peut-être est-ce la volonté de l’auteur que d’être fidèle jusqu’au bout au titre choisi, et peut-être veut-il donner à son écrit l’inconsistance des rêves et ce goût d’inachevé. Toujours est-il que les événements semblent décousus, certains se détachent alors que d’autres restent dans l’ombre et les personnages demeurent semblables à des personnes croisées dans un demi-sommeil, entourées d’une brume un peu sauvage qui permet de justifier leur folie respective et leurs actions plus incompréhensibles les unes que les autres. Le style est brusque, vif et sanglant, presque glauque. La mort et son aura flottent au-dessus des phrases sans sembler gêner Frédéric Verger qui joue même avec leur présence, laissant planer une atmosphère pesante au-dessus de ses mots crus. Voulait-il faire de ce récit une mise en abîme, et le transformer en rêve de l’une des sœurs qu’il évoque ? Peut-être que les expériences étranges du soldat se prenant pour un autre, de la vieille aveugle russe et de ses nièces, fantômes se nourrissant des réminiscences de leurs charmes passés, ne sont qu’un enchevêtrement de rêves. Parfois, quand on émerge de certains songes, notre seul regret est qu’ils se soient achevés. Ce n’est pas le cas ici. Et l’on reste perplexe quant aux motivations du jury du Goncourt pour lui avoir consacré une place dans la première sélection. Heureusement pour les amoureux de la poésie, de la ponctuation, qui reste trop absente de ce roman – choix ou négligence ? – l’on sait d’ores et déjà qu’il ne recevra pas le Graal de cette année, puisqu’il est absent de la seconde sélection de l’Académie. 

 

Intéressant… mais pas indispensable aux yeux de Théo: “L’engouement du public est réel, mais…”

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Bakhita, de Véronique Olmi

« Elle ne sait pas comment elle s’appelle ». C’est par ces mots que commence l’ouvrage de Véronique Balmi. Enlevée très jeune pour être vendue en tant qu’esclave, Bakhita devra subir la traversée de l’Afrique à pied, la maltraitance de ses maîtres, les viols, les coups, les injures. Adolescente, elle suit son maître jusqu’en Italie et bien après des années, elle découvre la religion. Celle-ci est son « salut », car elle lui permet de s’affranchir de son rôle d’esclave. Malgré tout, la Soudanaise ne sera jamais complètement libre: elle aura passé sa vie à servir soit ses maîtres, soit Dieu.

Très fortement inspiré de faits réels, ce roman essaye ici de raconter la vie de Bakhita en y ajoutant ses ressentis, ses émotions, ses pensées. C’est principalement cette partie qui se trouve romancée, sans néanmoins donner l’impression de tomber dans le faux ou le surjoué. L’écriture en est assez claire, mais le style de la romancière ne s’impose pas tellement – à moins que cela ne soit justement son style. Cependant, au fil des pages, une certaine critique envers l’Eglise semble s’élever et notamment sa façon d’instrumentaliser l’ancienne esclave. L’ouvrage est encore aujourd’hui sur la liste du Goncourt, du prix Femina et a reçu le prix du roman Fnac 2017. L’engouement du public est réel comme le montrent les ventes en librairie mais malgré tout, je trouve que le roman tient plus de la biographie et n’apporte pas de réel intérêt face à la biographie de Bakhita: ‘Joséphine Bakhita, L’esclave devenue sainte’ publiée par Hervé Roullet.


Les souvenirs de l’enfance d’un auteur jeunesse. D’après Cécile: “C’est avec un petit sourire nostalgique que nous refermons ce livre’

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Neverland, de Timothée de Fombelle

Un retour en enfance, voilà ce que nous propose cet auteur plus habitué à voir ses histoires dans les rayons jeunesse que côtoyant les livres de la rentrée littéraire. Sa plume légère et éthérée que nous aimons tant, donnant à la fois un ton poétique et profond à Neverland, est ce pourquoi nous achevons ses quelques pages. Ne vous attendez pas à être plongés dans une aventure rocambolesque, mêlant amour et danger, à l’image de celles auxquelles il nous a accoutumé. Non, seul le style ici reste le même, de même que cette volonté de transmettre et de faire voyager dans ses propres réminiscences. Pas d’aventure extraordinaire – ou plutôt si, celle d’un adulte recherchant ce qui l’a fait basculer de l’enfance à ce monde trop dur – mais des souvenirs, et dans ces souvenirs – probablement ceux de l’écrivain – chacun s’y retrouve et c’est avec un petit sourire nostalgique aux lèvres que nous refermons ce livre, du moins si nous n’en attendions pas une épopée merveilleuse et des personnages intrigants… Se laisser emporter par ses mots pour le laisser « nous raconter comment il était minot », voilà que faire pour percer le secret de ce livre. Un petit délice, comme un mistral-gagnant, à laisser fondre sous la langue. 

 

 

A lire si vous n’avez pas grand-chose d’autre à faire, juge Théo: “Quelques longueurs et l’intrigue se révèle assez décevante”

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Summer de Monica Sabolo

Lors d’un pique-nique estival au bord du lac Léman, Summer disparaît. Cette jeune fille de dix-neuf ans, pourtant joyeuse et aimée de tous, ne donnera plus jamais signe de vie. Vingt-cinq ans plus tard, son frère Benjamin, toujours traumatisé par sa perte, commence à fouiller dans sa mémoire pour se remémorer la disparition et l’année qui s’est ensuivie. Il se met ensuite à enquêter sur les circonstances de cet après-midi d’été…

Ce roman traite d’un sujet tristement essentiel, à savoir la disparition d’un être cher et le traumatisme qu’il engendre. Néanmoins, il souffre de quelques longueurs et l’intrigue se révèle assez décevante. L’intérêt tient donc essentiellement dans l’analyse des conséquences de cette disparition sur Benjamin, qui voyait sa sœur comme un modèle à suivre. En effet, l’écriture de Monica Sabolo nous ouvrent une porte d’entrée dans l’esprit de ce personnage pour comprendre l’immense impact de l’absence de sa sœur sur ses gestes et ses réactions face aux autres. Le roman n’est ainsi pas incontournable mais il peut bien se lire,enquête et intrigue mis de côté.

 

 

 

 

Une belle et inattendue surprise selon Théo: “Un très bon livre qui mérite d’être lu”

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La disparition de Josef Mengele, d’Olivier Guez

Josef Mengele est un médecin nazi tristement célèbre pour les différentes expérimentations qu’il a menées, notamment sur des déportés. L’auteur propose ici de suivre la vie du fugitif après la fin de la guerre. Les trente années que passe le clandestin en Amérique du Sud sont bien résumées et disséquées. Elles mettent notamment en exergue les relations que l’allemand continuait d’entretenir avec d’autres nazis, exilés comme lui, mais aussi avec sa famille restée en Europe. Ces lignes nous enseignent aussi comment il a pu vivre si longtemps sans que personne ne retrouve réellement sa trace, disparition permise grâce à la complicité de certains hauts dirigeants. Pourtant l’ancien médecin faiblit au fil du temps car malgré de nombreux soutiens – politiques et financiers – la vie de fugitif n’est pas de tout repos et beaucoup de sacrifices sont à accomplir.

A travers ce roman, ce n’est pas seulement le destin de Joseph Mengele qui est décrit, mais bien davantage celui de beau nombre de nazis et criminels partis en Amérique du Sud pour se faire oublier. L’écrit se veut fortement biographique mais est parfois teinté d’inventions pour combler certains vides. Malheureusement écarté de la liste du Goncourt, le roman d’Olivier Guez est un très bon livre qui mérite d’être lu notamment pour l’éclairage qu’il apporte sur l’ère post-Hitler aux yeux des nazis.


Image: lepoint.fr

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