Par les associations politiques : En Marche et Génération.s

En Marche : « Pourquoi il faut que ça marche ! »

Le 15 janvier, le gouvernement a lancé une grande concertation nationale pour répondre aux problématiques et fractures soulevées par le mouvement des « gilets jaunes ». Pour cela, une méthode est privilégiée : le dialogue. Nombreux voient dans cette décision un élément stratégique de la part de nos dirigeants pour dissiper cette envie de démocratie participative dont semblent s’être épris les français. Ce réflexe de notre classe politique révèle la difficulté de discussion qui touche le personnel public dans notre pays, tous partis et toutes mouvances confondues.

Si la colère de la population française est toujours légitime, la violence des derniers mois n’est en revanche que la triste révélation du manque de débat dans notre société. Dans un monde où toutes les paroles se valent et où l’expression publique n’a jamais été aussi importante, parfois pour le meilleur mais également pour le pire, la principale vertu de cette concertation est en premier lieu de rétablir l’écoute, condition indispensable à l’exercice d’un débat démocratique efficace.

Articulé autour de quatre thèmes (transition écologique ; fiscalité ; démocratie et citoyenneté ; organisation de l’Etat et des services publics), le grand débat national remet en question une apparente contradiction française entre verticalité de l’exercice du pouvoir et prise en compte de l’expression citoyenne. Ainsi, malgré le consensus sur la nécessité de réaliser en France une transition écologique de notre modèle sociétal, comment opérer de manière juste cette véritable révolution non seulement énergétique et environnementale mais aussi fiscale, citoyenne, voire comportementale ? De la même manière, l’État-Providence est à repenser. Si la pression fiscale, souvent dénoncée, représente un véritable enjeu politique et social, comment redéfinir notre modèle social généreux universel pour continuer à lutter contre la pauvreté en France ? Enfin, l’organisation des pouvoirs publics et le principe représentatif sont également remis en cause. Si la transparence et la lutte contre la corruption sont des combats sur lesquels tous, sans distinction idéologique, nous nous accordons et qui méritent d’être menés avec toujours plus de vigueur, comment éviter de tomber dans une stigmatisation des pouvoirs publics proposée au travers du référendum révocatoire ?

Aucun parti, seul, ne dispose des réponses à ces questions complexes qui méritent d’être traitées dans le calme et de façon nuancée. En cela, chacun devrait accepter de façon exigeante mais dans le respect cette nouvelle méthode de gouvernance instituée par la grande concertation. Les maires, socle fondamental de notre République doivent se trouver au cœur de ce nouveau contrat social attendu par les français. Corps intermédiaires, simples citoyens, élus et représentants de l’Etat, nous nous devons de refaire société. Notre liberté d’expression est un bien dont il nous faut chérir l’usage, alors abordons ce moment de libération de la parole avec enthousiasme et sérieux car il est grand temps qu’en France, à l’image du rêve de Michel Rocard en 1988, nous « nous parlions de nouveau ».  

Génération.s : Le Grand Débat National ou la « poudre de perlimpinpin » démocratique

Si la création artistique est le produit d’une contrainte, la sur-contrainte, elle, mène à une perdition de sens. C’est dans la confusion engendrée par un cadrage trop important que le délitement des principes démocratiques s’opère. En donnant naissance à une entreprise de réflexion collective d’envergure nationale, Emmanuel Macron a cru répondre de façon définitive à la crise des « gilets jaunes ». Sans même avoir tenté de percevoir la complexité des aspirations de ces centaines de milliers de femmes et d’hommes, issu.e.s d’une diversité sociale et idéologique rare, et pourtant si promptement réuni.e.s face à l’asphyxie créée par un sentiment d’injustice sociale latent, il a jeté les bases d’un débat qui, en réalité, a émergé bien avant son institutionnalisation récente. Depuis octobre dernier, les ronds-points et les routes, comme l’ensemble de l’espace public, ont été le théâtre d’une multiplication insoupçonnée des échanges et des confrontations de visions, d’expériences et de propositions, à l’instar du Référendum d’Initiative Populaire (RIC), octroyant à un corps de citoyens la possibilité de saisir la population par référendum sur un projet recueillant un seuil suffisant de signatures. Au grand dam du gouvernement, la rue et ses acteurs citoyen.ne. s, si souvent oublié.e.s, si souvent méprisé.e.s, ont repris leurs droits. La démocratie s’y est exercée sous une de ses formes les plus brutes, n’attendant plus la période fatidique des élections pour reprendre son cours. En somme, une grande partie du dialogue, cristallisant les colères sans cesse exacerbées des Français.e.s, s’est déjà produit. Et l’immobilisme de l’exécutif en matière social, impassible devant les tensions croissantes au sein d’une société déjà fracturée par l’ampleur des inégalités et par le manque de soutenabilité de son modèle productiviste, a de nouveau refait surface.

De ce postulat, quel sens donner à cet événement ? La définition de quatre grands thèmes, aux contours pourtant encore imprécis, empêche déjà, par essence, de satisfaire le niveau d’exigence requis par les enjeux initiaux de ce débat. En dépit des annonces gouvernementales, tout ne pourra pas être mis sur la table. Ainsi, les Français.e.s traiteront fiscalité sans pouvoir aborder le rétablissement de l’Impôt sur la Fortune (ISF) ; démocratie et citoyenneté alors même que la réflexion pour une VIe République a, d’avance, été écartée des pourparlers ; et transition écologique sans potentielle remise en cause du système économique actuel, source majeure de l’épuisement des ressources et de la crise environnementale. En définitive, le gouvernement semble vouloir faire croire que cet épisode social majeur que nous traversons n’est qu’un parmi tant d’autres. C’est pourtant notre civilisation et ses principes mêmes qui sont ici questionnés. Nous allons donc répondre à l’appel du gouvernement. L’exigence démocratique nous y pousse. Reste à déterminer si le pouvoir en place saura en tirer les conclusions nécessaires.

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