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Fyre Festival : Sur les ruines du festival-fiasco de la décennie

By February 12, 2019 No Comments

Picture from the official trailer of “FYRE: The Greatest Party That Never Happened”

 

Un peu plus d’un an après ce qui devait être le meilleur festival de tous les temps, un documentaire Netflix est revenu sur la tentative du rappeur Ja Rule et de son associé Billy McFarland. Ils ont vendu du rêve, et ceux qui l’ont acheté n’ont reçu qu’un cauchemar.

C’est sous rémunération de Billy McFarland que les plus grands influenceurs du monde entier s’étaient alliés à la cause du Fyre Festival en repostant massivement le supposé évènement de l’année. Et c’est à cause de leur partage qu’une élite venue de tout horizon décidera de se réunir lors du fameux festival se déroulant aux Bahamas. Ces derniers ont vite déjanté. Trop beau pour être vrai ? Cadre idyllique, sublimes tentes tropicales, des plages de sable fin à perte de vue, les meilleurs chefs gastronomiques du monde, des artistes comme Blink 182, Kaytranada, Migos ou encore Rae Sremmurd. Tout y était… Du moins sur le papier. Toutefois, cinq minutes sur l’île auront suffi aux festivaliers pour réaliser dans quel piège ils s’étaient engagés.

 

Un amer retour à la réalité…

Et cet embargo, l’équipe du festival le voit se profiler depuis l’annonce-même de l’évènement. Pourtant, personne n’a osé tenir à tête à Billy Mc Farland, désormais connu pour avoir extorqué plus de 34 millions de dollars avec cette idée mal-ficelée. Rassurant toujours son personnel en affirmant que les ressources étaient plus ou moins inépuisables, l’homme d’affaire a dépensé sans compter, lui-même finalement convaincu par ses propres subterfuges. Jets privés, villas luxueuses, présence d’un petit millier de célébrités et activités tendances, on peut dire que celui-ci ne s’est rien refusé, pas même les meilleurs Yogis ou masseurs de la planète. Or, son optimisme presque schizophrène a entraîné sa perte, puisque le businessman s’est persuadé qu’il était possible d’organiser une manifestation d’une telle envergure en moins de 3 mois. Son équioe a de ce fait vite perdu pied à mesure que la deadline approchait. C’est ce que raconte avec brio le nouveau reportage Netflix, « Fyre Festival : la plus grande soirée de tous les temps qui n’a jamais existé », qui narre le paysage Orwellien de l’île choisie à défaut par l’équipe de McFarland. Matelas en friche au beau milieu de nulle part, lesdites tentes de luxe transformées en campements bas-de-gamme à peine montées, sandwichs au pain rassis en guise de repas cinq étoiles… C’est cher payé pour des clients ayant déboursé entre 5 000 et 130 000 dollars pour se rendre à l’évènement. Ici, tout le monde est logé à la même enseigne, pas d’espace VIP, aucune échappatoire, et tous aperçoivent les lambeaux d’une utopie malmenée. C’est cependant avec sa conciergerie encore en construction le jour J et l’annulation de la venue des artistes programmés que le festival a sonné son arrêt de mort. Comme un dernier soupir d’employés mis à bout, Billy a enfin achevé le massacre en mettant un terme au festival.

Dès lors, les passagers ont dû récupérer leurs bagages directement dans la benne d’un camion, ceux-ci ayant déjà compris que la situation à laquelle ils assistaient était à mille lieux du festival glamour qu’on leur avait promis. Digne du dernier Hunger Games, le Fyre Festival a laissé des milliers d’individus livrés à eux-mêmes, sur des terres hostiles, sans possibilité d’un retour chez eux. Malgré les efforts d’un staff bercé d’illusions, oscillant entre rapports sexuels pour obtenir les ressources de potentiels investisseurs et magouilles sur les bilans financiers, le projet tenté par les deux acolytes Ja Rule et Billy McFarland fut un échec cuisant. Aujourd’hui, le Fyre Festival n’est plus que le souvenir de la bringue monumentale dont les hautes sphères se languissaient. Décrite comme l’île appartenant jadis à Pablo Escobar, célèbre narcotrafiquant, il ne reste désormais plus que les ruines du désert illusoire fondé par Billy McFarland. À cette heure, ce sont des centaines de travailleurs qui n’ont pas encore obtenu de rémunération pour leur année à s’exercer sans relâche pour le festival, et quelques milliers d’individus qui n’ont reçu que de moindres dédommagements pour l’achat de leurs billets.

 

Et l’influence malsaine des réseaux sociaux…

Ce triste épisode sous-entend hélas des questions encore plus moroses. Jusqu’où nous induit l’influence des personnalités sur les réseaux sociaux ? En vantant les mérites d’un lieu dont elles ne connaissaient rien, les célébrités ont arnaqué sans le vouloir des centaines d’individus qui leur faisaient confiance. Mais est-ce vraiment de leur faute ? Celles-ci sont payées pour montrer un aspect édulcoré de leur vie, aspect parfois témoin de grandes mises en scène. Véritable métier de la génération Y, l’influenceur est bien obligé d’accepter les gros contrats s’il veut voir sa carrière se développer. En revanche, cela n’est pas sans sacrifice puisque celui-ci devra parfois mettre en péril principes et honneur, pour pouvoir gravir les beaux échelons qui lui permettront de copiner avec les plus grandes stars hollywoodiennes. Comment leur en vouloir ? Ces derniers ne seraient-ils pas simplement des maillons de l’industrie, à qui on ordonne des publications contre quelques billets ? Par ailleurs, l’obéissance de Kendall Jenner, Hailey Baldwin ou encore Bella Hadid ne leur ont pas été reproché.

C’est uniquement l’organisateur qu’on a blâmé pour son escroquerie. Cependant, force est de croire qu’il n’était pas le seul derrière cette immense initiative, bien que beaucoup affirment n’avoir fait que de le suivre dans ses folles idées. Or, dans ce scénario apocalyptique, tous sont responsables. Les grands noms qu’on connaît ont leur part de culpabilité dans l’affaire. L’amour du bénéfice ne devrait pas prévaloir sur l’éthique. Tous savaient qu’il était impossible d’organiser un pareil dispositif dans un laps de temps si court, et tous avaient fini par comprendre les ruses de leur patron.

Dans un même registre, en France aussi, les influenceurs se jouent parfois de leur communauté. Amadoués par des gains avantageux, ceux-ci acceptent de promouvoir des produits qui ne sont autre que des arnaques, et incitent à la consommation, en en étant pertinemment conscients. Montres AlliExpress achetées une poignée de centimes et revendues une centaine d’euros, pilules minceurs miraculeuses et autres bernes déguisées, nombreuses sont les stars de téléréalité qui usent de leur image pour se faire du blé, et ce parfois au risque de tout perdre. Car s’il y a une chose à retenir de l’entreprise Fyre, c’est bien que le succès ne tient qu’à un fil, et qu’une simple déception peut suffire à la grande dégringolade. À nous consommateurs d’être plus vigilants quant aux biens que nous acquérons : le Fyre Festival n’avait dévoilé qu’un trailer à partir du lancement des ventes de billets jusqu’au week-end auquel il devait se dérouler. Un silence radio, qui aurait sûrement dû en alerter plus d’un.

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