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Du communautarisme à Sciences Po?

By December 2, 2019 No Comments

Ilo Rakotonavahy

 

Nous l’avons tous lu dans une brochure et intégré au moins une fois dans notre lettre de motivation : Sciences Po se démarque par sa « communauté multiculturelle qui compte 49% d’étudiants internationaux issus de 150 pays » et permettrait ainsi une ouverture sur le monde, un échange entre les étudiants, une richesse nouvelle née de la mixité. Nous connaissons tous ce discours. Pourtant, évoquant un exemple que je connais, une observation rapide des élèves du programme Europe-Afrique du campus de Reims nous permet de mettre en relief une partition entre ces internationaux et les élèves issus de la procédure classique. Sans nier la diversité culturelle du campus, on ne peut passer sous silence que les liens d’amitié forts se constituent entre étudiants possédant une origine commune voire plus largement une culture voisine.

« J’ai peur qu’on nous accuse de communautarisme. », m’a d’ailleurs confié une de mes camarades EURAF lorsqu’elle constata que son groupe d’amis les plus proches était uniquement composé d’étudiants venant d’Afrique de l’Ouest, comme elle. Il faut rappeler que le communautarisme désigne « un terme socio-politique désignant les attitudes ou les aspirations au sein de minorités et moins couramment au sein de majorités (culturelles, religieuses, ethniques…) visant à se différencier volontairement, pour s’entraider, voire pour se dissocier du reste de la société ». Cependant, je vais me contenter de répéter ce que je lui ai répondu : « Quel est le problème ? »

La vérité est telle que nous nous retrouvons face à une situation dans laquelle la division n’est pas née d’un quelconque conflit ethnique ou d’un manque d’ouverture d’esprit. Tout est simplement question d’affinités. En effet, si les étudiants internationaux se retrouvent souvent « entre eux », ce n’est pas tant par refus de s’intégrer mais c’est l’expression du besoin naturel de s’entourer de personnes qui comprennent ce que l’on traverse, à des kilomètres de chez soi, sans forcément avoir la possibilité de rentrer chez ses parents un week-end sur deux. Cette situation n’est pas exclusive aux étudiants internationaux mais plus probable.

Il serait donc injuste de réellement parler d’une volonté de communautarisme en stigmatisant ces groupes formés ainsi par la force des choses. Après tout, qu’est-ce que l’amitié si ce n’est un lien social entre deux personnes qui s’entendent et possèdent des points et « délires » en commun ? Qu’est-ce que l’amitié si ce n’est se sentir confortable avec cet autre moi ? On ne peut reprocher à une personne de s’ennuyer lorsqu’elle ne réussit pas à saisir dans son ensemble l’humour et les références faites par un groupe d’amis issus d’une culture autre. On ne peut reprocher à une personne de préférer la compagnie d’une autre qui partage ses goûts en termes de musique pour ne citer qu’une seule illustration (et ce dernier détail peut s’avérer crucial en soirée). On ne peut reprocher à un étudiant d’avoir envie parfois de simplement se rassurer et se donner le temps d’un instant l’impression d’être chez soi. Cela vaut pour tout le monde.

Enfin, il est important de souligner qu’il n’est pas ici question de prôner l’hermétisme et l’isolation d’une culture à une autre. Au contraire, la curiosité, la prise de risque et ce pas vers l’inconnu sont fortement encouragés. Il serait dommage de ne pas essayer de profiter de cette bulle multiculturelle qu’est notre campus. Par conséquent, l’unique reproche que l’on pourrait faire concernerait le cas où, d’un côté comme de l’autre, il n’y aurait pas eu de phases de “test”, chacun partant du principe que seul son voisin le comprend.

C’est pourquoi il est certain qu’un effort est d’abord à faire. Ainsi, lorsque cet effort a été fait, ne nous en voulons pas s’il n’est pas suffisant.

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