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Escapade dans la ville de la mode

By January 22, 2020 No Comments

Nous sommes le vendredi 15 novembre 2019 et le soleil ne s’est pas encore levé sur Reims. Le train pour Paris Gare de l’Est est stationné sur le quai A, donc pas de besoin de me précipiter pour atteindre mon wagon. Petit moment de répit avant d’enchaîner sur une suite un peu plus mouvementée. Un seul objectif, arriver à temps pour les conférences du Vogue Fashion Festival 2019 en partenariat avec Swarovski. Bien sûr cette immersion exceptionnelle dans l’univers du luxe n’est pas gratuite, mais proportionnellement à son prix initial, l’investissement est avantageux pour les étudiants passionnés par le marketing et le design de mode. 

La mode a longtemps été un domaine exclusif, réservé à une élite privilégiée. Toutefois, les projets de démocratisation du marché de la mode ont émergé en commençant par le prêt-à-porter. Utilisant la technique de la « confection », ce modèle de vente standardisé trouve ses prémisses aux abords de la Première Guerre Mondiale lorsque l’armée américaine se devait d’habiller ses soldats le plus rapidement possible. Cette méthode est importée en France par le président de la Fédération de l’industrie des vêtements féminins, Albert Lempereur. La floraison de cette mode qui « parle à tout le monde » est évidemment liée au bénéfice commercial que les marques peuvent en tirer mais aussi à l’évolution des valeurs qu’elle incarne aux yeux de la société. Ainsi, la mode devient un phénomène de masse.

Pour autant, elle n’en demeure pas moins l’art de la distinction. Même si on peut observer une certaine uniformisation des tendances, la mode dans ses plus hautes sphères s’attache à représenter un modèle d’excellence tourné vers l’unique. Dans le domaine du luxe, le caractère singulier d’une pièce et le message qu’elle porte fait toute la différence. La création participe au processus par lequel un vêtement permet à l’individu de se sentir spécial. En tant que pratique sociale, la mode est source d’expressions et de rassemblement. Elle révèle des époques et incarne à cet égard des valeurs humaines fondamentales. Elle se construit aussi sur l’attachement aux figures de proues dans les domaines artistiques notamment. Je pense alors au défilé prêt à porter Printemps-été 2020 de Balmain qui élabore une collection aux coupes géométriques variées et couleurs flamboyantes, le tout conçu dans un mood années 2000.

La série de conférences à laquelle j’ai pu assister explore les enjeux contemporains de la mode et du luxe. Mais plus particulièrement, quelles valeurs portent la mode, le luxe et ses métiers ? À quelles évolutions sont-ils sujets aujourd’hui ? 

La conférence de 9h45 aborde la question de la diversité et de l’inclusivité, le mélange des genres et des nouveaux critères de beauté et dans quelle mesure le casting vit une révolution. Pour cette thématique, les invités sont Piergiorgio Del Moro et Samuel Ellis Scheinman, agents de casting à qui les plus grandes marques de luxe font appel. La particularité de leur métier relève de la recherche de talents uniques. En effet, l’exclusivité fait partie du travail sur l’identité des marques. Les « new face » peuvent signer des contrats pour représenter une seule marque pendant un an par exemple. En même temps, il y a aussi une recherche de la bonne balance au sein du groupe recruté. Il s’agit de voir comment les nouveaux visages peuvent s’intégrer à la collection et l’esprit de la marque, tout en parlant à l’audience. Dans cette mutation du système de casting, un point d’honneur est mis sur la personnalité du modèle et la prise en considération de critères élargis : diversité d’âge, de mensurations et d’ethnicité.

Ensuite vient la discussion avec le directeur général des Galeries Lafayette et BHV Marais sur les nouveaux enjeux du retail physique. Le thème de la durabilité dans le domaine éphémère qu’est la mode, constitue un nouveau défi. Le critère environnemental, social et local peut ainsi être retrouvé sous le label « go for good » qui met en œuvre un engagement écologique contre les discriminations. En fait, “Galeries Lafayette”, est une entreprise familiale. Elle développe un merchandising propre à l’enseigne mais qui reste dans le respect des marques. La construction d’une identité et d’un univers est essentiel pour la vente. Nicolas Houzé termine par la maxime du centre commercial, qui est de démocratiser la mode en offrant différents standards et options de consommation, du prêt-à-porter jusqu’à la mode de luxe.

Maintenant, une petite pause s’impose avant de passer aux deux dernières conférences de la matinée. Elle nous laisse le temps de contempler l’exposition Vogue x Swarovski, mettant en scène des robes de créateurs confectionnées avec des cristaux Swarovski. Un service de rafraîchissement est mis à disposition à l’entrée de la salle. L’hôtel Potocki accueil cet événement très spécial. Le public a également la possibilité d’apprécier l’architecture du lieu et de faire connaissance avec d’autres passionnés de mode.

Avant-dernière conférence sur l’expérience hôtelière comme exemple pour l’industrie de la mode. L’invité est directeur général de Food & Beverage et Lifestyle, Accor, Amir Nahai. Il nous donne un exposé chronologique de la Food culture et de l’évolution des modèles de production. De la polyculture à la monoculture, la production alimentaire a évolué vers un modèle plus éthique après la constatation des effets néfastes de l’utilisation de pesticides et de l’agriculture intensive. Cette prise de conscience n’est pas encore généralisée. Elle est le fruit d’une mutation d’un héritage qui remonte à l’utilisation des poisons et gaz transformés en fertilisants pour l’agriculture après la Seconde Guerre mondiale. Mais le défi d’innover pousse à explorer des solutions plus écoresponsables. Le modèle d’excellence promu par l’hôtellerie aspire à créer pour ses clients des moments mémorables qui leur permettent encore une fois de se sentir spéciaux.

Enfin, l’intervention du top-modèle Bella Hadid clôture cette matinée enrichissante. Interviewée par celui qui filme la mode – le reconnu Loïc Prigent – elle nous livre quelques confidences sur ses débuts dans le mannequinat et les moments forts de sa jeune carrière. Nous apprenons qu’elle avait commencé des études de photographie avant de devenir mannequin. Sa première couverture mode fut pour Vogue Turquie. Elle nous confie aussi qu’elle n’a pas toujours été à l’aise face caméra, ce qui toutefois ne l’a pas empêchée d’évoluer et de faire ses preuves, lui valant de gagner le respect de ses pairs, ce qui compte énormément à ses yeux. La mode lui a aussi permis de gagner confiance en elle, de se sentir sexy et puissante, notamment grâce au jeu d’être quelqu’un d’autre que soi, rendu possible à travers la créativité des créateurs. Elle nous explique ce qui la motive à être dans un bon état d’esprit. Reconnaissante et humble de ce que la vie lui offre mais aussi d’avoir l’opportunité de vivre et de parler de ce qui la passionne: la réputation qu’elle a acquise d’être particulièrement polie et agréable n’est pas qu’un mythe. Loïc Prigent l’interroge sur son rapport aux réseaux sociaux. Elle n’a pas toujours été très active dans ce domaine car les réseaux sociaux s’avèrent être parfois consommateurs de temps et d’énergie, mais selon ses mots « She’s back ! ». Elle termine sur des astuces pour garder un bon “mental health” malgré tous les voyages et la charge de travail : s’entourer de ses amis quand c’est possible, avoir sur soi des cristaux, des huiles essentielles et des bougies l’ont aidée à rester zen malgré le stress et le jet lag. Enfin sur sa routine beauté, le secret d’une belle peau repose sur une bonne hydratation (boire de l’eau + moisturizer), bien dormir, enlever le maquillage juste avant, un face roller et des comprimés de mélatonine dit-elle en taquinant Loïc Prigent qui révèle en prendre (un peu trop parfois) lui aussi.

Je récupère mes affaires au vestiaire avant de quitter les lieux, très heureuse d’avoir pu assister à ces conférences. Le monde de la mode m’a longtemps fascinée. Je me rappelle encore quand j’étais au collège et que j’habitais à Viry-Châtillon dans le 91, avoir regardé des après-midi entières les défilés Chanel sur YouTube. Mes préférés de l’époque sont les show 2011-2012 et 2012-2013. J’ai tellement adoré le style et l’univers de la maison Chanel, que j’ai envoyé ma lettre de motivation pour un stage d’observation de 3e à l’enseigne, rue Cambon. J’ai même gardé la lettre postale me disant aimablement que je ne pourrais pas faire mon stage là-bas. Même si ce devait être une réponse automatique, le seul fait qu’ils m’aient répondue était déjà extraordinaire pour moi. Bref, trêve de nostalgie. 

En plus d’assister au Vogue Fashion Festival 2019, l’objet de cette escapade à Paris était tout simplement de passer mon IELTS. J’étais arrivée le vendredi exprès pour la conférence. Je passais le samedi les épreuves écrites et orales à Noisy-Champ. Le vendredi après-midi, j’ai eu le temps de faire un tour au cinéma. Je suis allée voir Hors Normes, un film profondément humain et touchant mais avec de quoi donner le sourire voire susciter le rire. Réalisé par Olivier Nakache et Éric Toledano, les acteurs principaux ne sont autres que Vincent Cassel et Reda Kateb, deux acteurs dont le charisme communicateur apporte fraîcheur et authenticité. 

Pour terminer la journée, j’avais prévu de voir une amie et dîner avec elle au restaurant (restau italien en plus), mais manque de chance, je n’ai plus de batterie et me retrouve dans l’obligation de me rendre à mon hôtel situé à 50 minutes (métro + RER) de là où je me trouve. La pluie, le froid, la nuit et la fatigue me poussent à annuler pour avoir le temps de me reposer avant d’attaquer le journée du lendemain qui commence (trop tôt pour un samedi) à 8h15. Mais ce n’est que partie remise. Malheureusement, je rate également la rencontre de 18h30 avec Assa Traore et Geoffroy de Lagasnerie à la Maison des Sciences de l’homme Paris Nord, pour parler du combat Adama et des luttes des quartiers populaires contre l’ordre policier et la répression subie. Dernier petit manque, j’aurais bien voulu tester le café Citron signé Jacquemus et Caviar Kaspia aux Galeries Lafayette. Adresse parfaite pour compléter cet article mode/voyage. En effet, le café Citron se révèle être, comme indiqué sur son site web, « une place d’un village du Sud que l’on aurait transportée à Paris ».  

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