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Interview avec Isabelle Wlodarczyk, autrice des Jours de poudre jaune

By February 13, 2021 No Comments

(c) Editions Babouche à oreille

Les jours de poudre jaune est le récit inspiré de la vie de Paquita Marco Lor qui a vécu la Retirada alors qu’elle n’était qu’une enfant de neuf ans. La Retirada désigne l’exode massif de réfugié.e.s espagnol.e.s vers la France après la chute de Barcelone et de la Catalogne aux mains des franquistes durant l’hiver 1939, peu avant la fin de la guerre civile espagnole (1er juillet 1936-1er avril 1939).

L’histoire commence alors que Paquita et sa famille vivent encore dans leur village d’Amposta, à une centaine de kilomètres au sud de Barcelone, au-dessus du delta de l’Èbre. Nous suivons ensuite le départ de la petite famille, leur parcours sur les routes de l’exil, au milieu de colonnes de centaines de milliers de leurs compatriotes, fuyant comme eux le franquisme, leur arrivée en France, leurs séparations, la vie dans les camps de l’autre côté de la frontière, le bonheur des retrouvailles mais aussi les drames de l’exil…

Bien que le livre se centre principalement sur l’histoire de Paquita, la narration alterne les points de vue des différents protagonistes de l’histoire et membres de sa famille, éclairant cette expérience de l’exil d’une multitude de perspectives : celle d’une enfant, séparée de sa famille et conduite en France où elle connaîtra la vie dans différents camps d’internements et centres d’accueil de réfugié.e.s, celle d’un père et soldat Républicain, meurtri par le fait de devoir abandonner sa patrie mais refusant de cesser le combat, celle d’une mère et femme, pleine de résilience, poussée sur les routes de l’exil par amour pour son mari, et qui en paye le prix fort…

Parfois un peu amer, en tout cas plus que lorsqu’on a la chance de parler face-à-face avec l’intéressée, il émane toutefois de ce livre une poésie et une justesse bouleversantes. Mêlant écriture imagée, souvent métaphorique, et touchante innocence, celle de la jeune narratrice, le livre constitue un important et touchant témoignage de cet exil encore trop méconnu.

 

Ci-après une interview avec l’autrice du livre, Isabelle Wlodarczyk, que je remercie chaleureusement d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

The Sundial Press : Avez-vous interviewé d’autres personnes que Madame Paquita Marco Lor pour écrire le livre?

I.W. : Oui, j’ai rencontré d’autres réfugiés espagnols en France et ailleurs. Une autre petite fille d’Amposta, retrouvée au Texas, notamment. Des internés des mêmes camps que Paquita, toujours en vie. Des femmes essentiellement.

TSP : J’imagine que vous avez dû croiser ses témoignages avec des documents de l’époque et/ou des sources historiques, n’est-ce pas ?

I.W. : Oui, ce livre est le fruit d’un long travail aux archives diverses : municipales, départementales et nationales. J’ai fait de longues recherches et retrouvé la trace de la famille de Paquita dans de nombreux endroits et camps.

TSP : Combien de temps l’écriture de ce livre vous a-t-elle pris ?

I.W. : 3 ans et demi…

TSP : La charge émotionnelle était-elle dure étant donné votre proximité avec la principale concernée [l’autrice est la belle-fille de Mme Marco Lor] ?

I.W. : Oui, c’est un roman qui a été très émouvant à écrire. J’ai beaucoup pleuré en l’écrivant.

TSP : Avez-vous rencontré des difficultés pour trouver un éditeur ?

I.W. : Non, j’ai choisi de le faire publier dans une structure que je co-dirige car je ne souhaitais pas remanier le texte. Plusieurs éditeurs étaient intéressés par le projet, mais je n’ai pas souhaité leur soumettre ce manuscrit.

TSP : Quelles sont les éventuelles difficultés que vous avez rencontrées pendant l’écriture de ce livre?

I.W. : De nombreuses difficultés : il a fallu reconstituer tout le puzzle, c’est très particulier d’écrire à partir des souvenirs de quelqu’un et de pallier les trous. Par ailleurs, Paquita a livré ses souvenirs au fur et à mesure.

TSP : Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire ce livre ? Comment l’envisagez-vous : s’inscrit-il plus pour vous dans le cadre du devoir de mémoire et/ou l’envisagez-vous comme une contribution à la connaissance historique de cette période qui est souvent peu voire pas connue ?

I.W. : J’ai souhaité l’écrire comme un acte d’amour pour Paquita. J’ai été touchée par le témoignage de cette femme, par sa force et sa dignité. Evidemment, c’est aussi un hommage à tous les Républicains espagnols qui ont payé de leurs vies leur engagement.

TSP : Avez-vous rencontré de quelconques oppositions/réticences de la part de certains membres de la famille lorsque vous avez annoncé vouloir écrire et publier l’histoire de Madame Marco Lor ?

I.W. : Absolument aucune réticence. Toute la famille de Paquita porte ce projet.

TSP : Avez-vous hésité sur le format que vous alliez utiliser pour raconter cette histoire et qu’est-ce qui a guidé votre choix ?

I.W. : Oui, je souhaitais m’arrêter à la fin de la Seconde guerre mondiale, mais j’ai rapidement réalisé que le roman serait trop long. J’ai décidé de l’achever pendant l’été 39.

TSP : Comment expliquer le choix du titre ?

I.W. : Il faut lire le livre…

 

Je finirais sur cette invitation! En somme, Les jours de poudre jaune c’est un petit bijou qui se dévore d’une seule traite : le livre ne compte que 169 pages, mais 169 pages de vraie poésie, je vous le garantis! Une belle occasion de se plonger dans un bon livre pendant le confinement et de découvrir la Retirada et les mémoires qui l’entourent.

 

Quelques pistes pour en savoir plus sur la Retirada :

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