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Le 15 décembre 2025, la Cour d’assises de Paris a condamné l’ancien chef de guerre congolais Roger Lumbala à trente ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l’humanité. Une première. Jamais une juridiction nationale étrangère n’avait rendu un tel jugement pour des faits commis dans cette région. 

Ce procès repose sur la compétence universelle, un principe juridique permettant à un État de poursuivre les auteurs de crimes les plus graves (génocides, crimes contre l’humanité et/ou crimes de guerre), indépendamment du lieu où ils ont été commis. En se saisissant de cette affaire, la justice française rouvre les plaies de la deuxième guerre du Congo (1998-2003) et pose, en creux, la question de l’impunité persistante dans l’est de la RDC. Roger Lumbala conteste la légitimité de cette démarche, en dénonçant une instrumentalisation politique : une tension qui traverse l’ensemble du procès, dont le verdict ne résout pas tout. 

BENOIT PEYRUCQ / AFP

Retour sur le contexte : la deuxième guerre du Congo 

Dans la région du Nord-Kivu, le conflit a été quasiment ininterrompu depuis l’indépendance de la République Démocratique du Congo, en 1960. Dès les premières années, le pays traverse de profondes crises politiques, avant de tomber sous la dictature autoritaire de Mobutu Sese Seko, marquée par la répression, la corruption et l’effondrement progressif des institutions pendant plus de 30 ans. C’est dans ce contexte déjà fragilisé que le génocide rwandais de 1994 déstabilise toute la région des Grands Lacs. Se déclenche alors une première guerre du Congo (1996-1997) qui aboutit à la chute de Mobutu. Mais la paix reste brève, car dès 1998, un nouveau conflit éclate et se transforme rapidement en “guerre mondiale africaine” selon Le Monde. Une dizaine de pays et de nombreuses milices sont impliqués. 

Après ces deux guerres, près de 200 groupes armés rwandais et congolais restent dans l’est de la RDC et l’occupent encore aujourd’hui, dont le RCD-N fondé par Roger Lumbala en 2000. Pendant des années, le groupe rebelle a multiplié les violences : viols, esclavage sexuel, travail forcé, torture, mutilations, exécutions sommaires, pillages… Autant de crimes dont est accusé Roger Lumbala et pour lesquels il a été condamné en décembre dernier.

Les victimes témoignent

Cette gouvernance par la terreur a pour objectif de s’approprier les ressources naturelles abondantes en RDC et éloigner le territoire de la capitale Kinshasa. Parmi les interventions militaires du groupe armé, l’opération “Effacer le Tableau” de 2002 est au cœur du procès. Elle a fait au moins 170 victimes, visant en particulier la minorité Nande et les peuples autochtones Bambuti. Les voix de 65 témoins, pourtant menacés, se sont levées durant le procès: elles déclarent avoir assisté ou survécu à des meurtres en masse, des mutilations et des violences sexuelles extrêmes, avec humiliation et déshumanisation systématiques. Les soldats responsables de ces crimes auraient déclaré agir au nom de Roger Lumbala, lequel se proclamait président des populations locales pour renforcer son influence. 

Juger l’autorité, une manière de rompre l’impunité 

L’enjeu central restait celui de juger un dirigeant. Au sommet de la chaîne de commandement, Lumbala ne pouvait nier les exactions commises en son nom. Il a même publiquement demandé pardon pour les violences, preuve qu’il en avait connaissance. Le jugement du 15 décembre concerne le rôle du gouvernement, et en tant que ministre du Commerce extérieur entre 2003 et 2005, Lumbala représentait la liberté que prenaient les figures du pouvoir dans le conflit. 

En le condamnant, la justice française n’a pas seulement jugé des crimes passés. Le message envoyé est clair : l’impunité n’est plus acceptable. Certains y verront une forme de néo-colonialisme judiciaire, cette tendance des puissances occidentales à s’ériger en arbitres de crimes commis sur d’autres continents, au nom d’une universalité qu’elles définissent elles-mêmes. Mais cette décision a mis en lumière un système de violence, de prédation et de silence qui continue de façonner l’est de la RDC, et dont les premières victimes sont les civils congolais. Elle rappelle que la mémoire du conflit congolais n’appartient pas au passé, mais s’inscrit pleinement dans les enjeux actuels. 

Cet article a été publié pour la première fois dans l’édition papier de Sundial Press du printemps 2026.

Photo Credits: Roger Lumbala / Human Rights Watch

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Galliane Langsweirt

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