Par Zihuai Song

« Il est parfaitement incongru de parler français dans le Pacifique sud » déclarait John Key, l’ancien premier ministre néo-zélandais, au Parlement, lors d’un discours sur la présence française dans la région.

Le 4 novembre, le résultat du référendum sur l’indépendance de la Nouvelle Calédonie, une collectivité française située à 16 820 km de la métropole, s’avère négatif. 56.67 % des votants ont répondu ‘Non’ à la proposition indépendantiste. Emmanuel Macron, le président de la République, a salué le choix du peuple calédonien et exprimé sa fierté que ‘la majorité des Calédoniens aient choisi la France’.

Après le retrait des Pays-Bas en 1962 et du Royaume-Uni en 1996 de la Communauté du Pacifique, dont le siège se trouve à Nouméa, la France reste la seule puissance européenne active dans la région. Elle est en effet souveraine en Nouvelle Calédonie, en Polynésie française, à Wallis-et-Futuna et sur l’île Clipperton.

La possession des territoires loin de la métropole par les puissances européennes fait écho à la colonisation et à l’impérialisme, deux notions qui semblent anachroniques et incompatibles tant avec le système existant des relations internationales qu’avec les valeurs communément partagées par la communauté internationale.

Que sont les intérêts fondamentaux de la France dans la région du Pacifique sud ?

La réponse est simple : l’abondance de ressources naturelles et la recherche d’une présence géopolitique.

La Nouvelle Calédonie est le troisième producteur de nickel juste après la Russie et le Canada, qui en possèdent 40 à 50 millions tonnes en réserve, soit un tiers des réserves mondiales. Le nickel est une matière indispensable dans la fabrication des réacteurs nucléaires, des moteurs d’avion et des fusées. L’extraction minière de la France en Nouvelle Calédonie assure son indépendance dans le domaine du nucléaire et de l’aéronautique, d’usage civil et militaire.

Au-delà de l’intérêt des ressources naturelles, la France, en tant que puissance nucléaire, membre permanent du conseil de sécurité des Nations Unies et 6ème économie dans le monde, ne se satisfait pas de son statut de puissance régionale et veut étendre sa présence géopolitique dans les quatre coins du monde.

Entre 1966 et 1996, la France a procédé à des essais nucléaires aériens et souterrains sur ses territoires du Pacifique sud plus de 200 fois, actes qui ont attisé les tensions avec les pays limitrophes anglophones dans la région. Le coulage du navire ‘Rainbow Warrior’ par les services secrets français dans le port d’Auckland en 1985 a poussé l’antagonisme entre la France et la Nouvelle Zélande à son paroxysme. Suite à cette affaire, l’Australie a cessé sa coopération militaire avec la France et a mis l’embargo sur l’exportation d’uranium en France. Malgré la mise en œuvre du traité de Rarotonga, la relation entre la France et ses voisins anglo-saxons dans la région reste encore instable, tantôt coopérative, tantôt compétitive.

Néanmoins, l’émergence d’une nouvelle puissance extérieure dans la région Pacifique sud, la République populaire de Chine, a aplani dans une grande mesure la divergence entre les puissances occidentales.

La Chine se montre intéressée de plus en plus par le développement économique et la stabilité politique dans le Pacifique sud. Dans le cadre de l’initiative de ‘la Route et la Ceinture’, la Chine a investi plus de 2.5 milliards de dollars par an sur le plan de la construction infrastructurelle. Elle est ainsi devenue le premier partenaire commercial, devant l’Australie, de presque tous les pays et territoires dans la région Asie-Pacifique, y compris de la Polynésie française.

Face à la forte emprise, toujours croissante, de la Chine sur le sud Pacifique, les puissances occidentales dirigées par des gouvernements conservateurs et présentes dans la région, en particulier les États-Unis et l’Australie, ont cherché à forger une coalition anti-chinoise sous le nom de ‘Free and Open Indo-Pacific Strategy’. Cette récente proposition du secrétaire d’état américain Mike Pompeo envisage d’englober également la Nouvelle Zélande, le Japon, l’Inde et la France.

L’avortement du référendum d’indépendance de la Nouvelle Calédonie assure la présence française sur l’arène du Pacifique sud au niveau tant économique que géopolitique. C’est maintenant à la France de trouver un équilibre de coopération tant avec les pays anglo-saxons qu’avec la Chine dans ce nouveau contexte, pour garantir et élargir ses propres intérêts. L’orientation des politiques étrangères de la France dans la région n’est pas encore claire, mais il semble que le pragmatisme, au sein de la coalition occidentale, serait un choix plus viable…

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