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Tribune Politique : Les Gilets Jaunes

By November 28, 2018 No Comments

Tout de jaune vêtue, le come-back de l’alternative

Par La France Insoumise

On l’attendait, la voilà. Elle fait son come-back dans le tumulte et le fracas. La ferveur populaire de masse. Face à la prétendue évidence que les néo-libéraux pensent être les seuls à détenir, des citoyens, tout de jaune vêtus, représentent cette France qui ne veut pas qu’on lui impose une direction. Il existe des alternatives à l’écologie punitive. La protection de l’environnement demande bien plus que des pansements sur des plaies béantes. Et si l’alternative ne vient pas d’en haut, elle doit venir d’en bas.

Pourquoi maintenant ? Parce qu’un constat s’impose face à l’ampleur du problème environnemental. Une taxe n’a aucune efficacité. Selon l’INSEE, en France, en 2017, le taux de pauvreté est de 14 % avec un salaire médian à 1 797. En 2018, le taux de chômage est de 9,1 %. Les individus massivement paupérisés dont le pouvoir d’achat diminue et qui ont besoin de leur véhicule pour travailler ne vont pas arrêter d’utiliser la voiture si le prix du carburant augmente. Ils vont juste payer plus cher. Et ne parlons même pas de l’investissement dans une voiture électrique. Sans évoquer les problématiques des terres rares ou de la performance de ces véhicules, un gouvernement qui propose comme seule solution la prime à la conversion ignore qu’on ne peut pas moduler son épargne quand on n’a pas d’épargne.

Ainsi, on attend toujours les alternatives disruptives. La fiscalité écologique n’est légitime que si elle laisse le choix : payer ou changer. Or, il est impossible pour les périurbains et les ruraux de renoncer à utiliser leur voiture. Les commerces de proximité ferment et les citoyens se trouvent éloignés des services de santé et de leur travail. Plutôt que d’enchaîner fermetures de lignes et privatisations, il faut repenser l’aménagement du territoire et promouvoir les transports en commun par la gratuité et l’amélioration de la couverture nationale. Les alternatives à la politique fiscale d’Emmanuel Macron et au consumérisme existent. Pourquoi ne pas rétablir l’ISF ? Diminuer les taxes sur les plus pauvres afin qu’ils modulent leurs dépenses et les diriger vers des alternatives ? Limiter la consommation ? Produire plus respectueusement ? Point par point, le gouvernement fait l’inverse.

Demander aux plus pauvres de se serrer la ceinture pour compenser la responsabilité des plus riches et des multinationales n’est pas juste. Si le mouvement des Gilets jaunes est justifié selon 77% des Français, c’est parce que ceux “qui ne sont rien” ressentent l’injustice fiscale. Les manifestants, majoritairement néophytes, souvent à bout, sortent dans la rue pour contester une politique qui les assomme sans réelle alternative. La “transition écologique”, que le monde appelle de ses vœux, ne peut se faire sans une gestion plus démocratique et sociale intégrant les masses populaires.

Le point de vue des marcheurs : Des colères légitimes dans un mouvement dispersé

Par La République En Marche

En ce début du mois de novembre, des milliers de citoyens ont manifesté en sortant leur « gilet jaune » de leur voiture et en le portant dans la rue. Plus de 1 600 actions ont déjà été menées à travers la France selon le Ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, pour protester notamment contre la hausse du prix des carburants causée par la « taxe carbone » récemment mise en place par le gouvernement. Cependant, les revendications de ce mouvement expriment un phénomène plus global : le « ras-le-bol fiscal », sentiment de perte de pouvoir d’achat, ou encore sentiment de méfiance envers les responsables politiques.

Le mouvement a rassemblé des personnes de bords politiques très différents. Les revendications de ce mouvement ont été très diverses et convergent difficilement : celles-ci s’étendent de la baisse de la taxe sur les carburants, à la réduction de la TVA, en passant par la diminution des revenus des élus ou par la suppression du Sénat. En raison de ces multiples revendications et de l’absence de leader, il est ainsi très difficile pour le gouvernement de répondre au mouvement ou de négocier.

Diversité des idées, mais aussi diversité des actions. De nombreux gilets jaunes expriment la volonté d’une opposition pacifique, traduite par des blocages de routes et des “opérations escargot” (ralentissement volontaire de la circulation). Le mouvement a cependant généré sa part de débordements. Notamment, et malgré l’interdiction officielle de manifester sur l’avenue parisienne, des affrontements violents ont eu lieu samedi dernier sur les Champs Elysées, également alimentés par des individus extérieurs au mouvement.

La taxe contre laquelle les premiers gilets jaunes se sont mobilisés est une taxe environnementale sur les émissions de dioxyde de carbone. Elle a été instaurée par le gouvernement dans un but précis, faire avancer la transition écologique en faisant payer les pollueurs, et notamment en incitant les citoyens à moins utiliser leur voiture. Ce système de taxe a été mis en place dans plusieurs pays de l’Union Européenne, comme le Danemark, la Finance et la Suède. En effet, les voitures particulières à elles seules sont responsables de près de 16% des émissions totales de CO2 en France. Au-delà du réchauffement climatique, environ 10% de la mortalité en France est causée par la pollution de l’air, dont les voitures sont largement responsables. La mise en place d’une telle fiscalité est donc un levier pour lutter contre le réchauffement climatique, et ses recettes sont souvent utilisées afin de compenser les ménages, consolider les recettes budgétaires, ou renforcer les politiques de protection de l’Environnement.

Cependant, la colère des gilets jaunes a un sens : aucune alternative n’avait initialement été proposée par le gouvernement pour garantir la mobilité des travailleurs les plus modestes, particulièrement sensibles à la hausse des prix. Le gouvernement a réagi dès le 14 novembre, en doublant le montant de la prime à la conversion (qui est désormais de 4000 euros pour les 20% des ménages les moins modestes). Il a également étendu le montant et le nombre de bénéficiaires du “chèque énergie”. Suite aux manifestations continues, le Président a annoncé mardi une hausse des taxes qui sera plus progressive que prévu, voire suspendue en cours d’année selon l’évolution des prix du pétrole.

Tout de même, nous sommes profondément convaincus que la taxe carbone reste un moyen efficace de lutter contre le réchauffement climatique, qui reste pour le gouvernement une priorité absolue. Comme l’a déclaré le Président : « Fin du Monde ou Fin du mois, nous allons traiter les deux et nous devons traiter les deux.”

Enfin, face à ces évènements d’actualités marquants, en tant qu’association politique nous avons à cœur de promouvoir un débat constructif sur ces questions. Il est en effet très important d’aborder dans leur contexte les différentes revendications tout en s’intéressant aux enjeux politiques, économiques et environnementaux concernés.

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