Entre exploit sportif, prises de parole engagées et engouement médiatique, une chose est sûre, les Blade Angels ne sont pas passées inaperçues et ne sont pas prêtes d’être oubliées. Mais qui sont ces trois patineuses américaines qui ont créé la sensation lors des JO de Milan-Cortina ?
Ce trio, composé d’Alysa Liu, Amber Glenn et Isabeau Levito, représente la génération dorée tant attendue du patinage américain féminin. Toutes trois sélectionnées pour les JO de Milan-Cortina avec l’équipe américaine, elles étaient annoncées comme favorites pour le podium. Très proches les unes des autres, elles se sont empressées de trouver un nom de groupe, qui a d’ailleurs été repris tout au long des Olympiades. Après de longues discussions, c’est finalement l’idée d’Alysa Liu qui fut retenue : les Blade Angels.
Alysa Liu, l’enfant prodige du patinage
Née d’un père chinois réfugié politique, elle commence le patinage à l’âge de cinq ans et devient très vite une athlète hors pair. En 2019, alors âgée de 13 ans, elle est sacrée championne des États-Unis dans la catégorie sénior, ce qui fait d’elle la plus jeune lauréate de l’histoire. Le Covid venant chambouler sa préparation, elle participe tout de même aux JO de Pékin 2022 à 16 ans et demi, où elle finit à la sixième place. Quelques mois plus tard, elle décroche la médaille de bronze lors des Mondiaux, ce qui n’était pas arrivé depuis 2016 pour une Américaine.
Cependant, c’est à ce moment que son parcours prend une tournure inattendue. En effet, quelques semaines après les Mondiaux, elle annonce mettre fin à sa carrière, à la surprise générale, afin de pouvoir vivre une adolescence normale. Elle entame des études en psychologie, part en voyages, et réalise un trek de plus de 60 km jusqu’au camp de base de l’Everest en mai 2023.
Malgré tout, le patin lui manque et elle décide de revenir à la compétition au début de la saison 2024-2025, avec comme objectif les JO 2026. Dès son retour, elle remporte le Championnat du monde devant la grande favorite et triple tenante du titre Kaori Sakamoto. Heureuse et fin prête, elle se lance dans ces Olympiades avec confiance. Sa joie de patiner électrise la foule et les juges : elle rentre chez elle avec deux titres : un en équipe et un en individuel. Elle offre d’ailleurs aux États-Unis leur premier titre olympique dans la catégorie féminine depuis Sarah Hughes en 2002.

Crédit : Ouest France – Alysa Liu sur le podium après sa victoire en individuel au JO
Amber Glenn, une carrière pleine de rebondissements
Tout comme Alysa Liu, Amber Glenn commence le patinage très tôt, à l’âge de 6 ans. Après des saisons compliquées, entre blessures, pressions et mauvaises performances, c’est lors de la saison 2023-2024 qu’Amber commence à faire parler d’elle. En effet, elle réussit pour la première fois un triple axel (seul saut en patinage partant de l’avant et nécessitant 3 rotations et demies en l’air), faisant d’elle la sixième Américaine seulement à y parvenir. 2024 est définitivement son année puisqu’elle remporte, devant sa compatriote Isabeau Levito, le titre de championne nationale sénior féminine des États-Unis. Quelques mois après, elle gagne également la Finale du Grand Prix réunissant les 6 meilleures patineuses de la saison.
Ainsi, Amber s’annonce favorite lors de cette saison olympique. Après un programme court (enchaînement de 7 éléments imposés) et compliqué où elle finit seulement 13e, elle réalise un programme libre (enchaînement plus libre d’éléments) sans faute et effectue une remontée de la 13e à la 4e place. Elle échoue au pied du podium mais reste heureuse de sa performance. En effet, elle était soumise à une grande pression puisqu’elle est la première athlète ouvertement queer – s’identifiant comme bisexuelle et pansexuelle – à représenter les États-Unis, mais aussi l’américaine la plus âgée à participer aux Jeux depuis 98 ans, Beatrix Loughran étant la précédante détentrice de ce record. De plus, son style de patinage, parfois jugé trop athlétique, lui a valu de nombreuses critiques, surtout dans un sport qui valorise la féminité traditionnelle.
Isabeau Levito, l’incarnation d’un patinage plus traditionnel
Née de parents immigrés italiens, elle porte le même nom que le personnage Isabeau d’Anjou, joué par Michelle Pfeiffer dans le film Ladyhawke. C’est en effet en hommage à l’actrice qu’elle se prénomme ainsi. Bien que plus jeune que ses deux compatriotes, ses résultats n’en restent pas moins impressionnants. En 2022, elle remporte les Championnats du monde juniors, ce qui n’était pas arrivé depuis 2008 avec Rachael Flatt. La même année, elle finit deuxième au Skate America devant Amber Glenn et Alysa Liu, à seulement 15 ans, faisant d’elle la plus jeune Américaine sur ce podium depuis 15 ans. Lors de la Finale du Grand Prix 2022, elle finit également sur le podium et remporte sa première médaille internationale d’envergure à 15 ans à peine. En 2024, elle est vice-championne du monde, montant ainsi sur le devant de la scène. Arrivant à ces JO à seulement 18 ans, elle finit 12e, une performance remarquable.
Des prises de position engagées
Massivement suivies sur les réseaux, elles ont définitivement fait sensation pendant ces Jeux, non seulement pour leurs résultats sportifs mais aussi pour leurs prises de position tenues devant la presse. En effet, elles ont particulièrement insisté sur le sujet de la place de la santé mentale dans le sport. Comme l’a déclaré Alysa Liu en conférence de presse à Milan : « J’espère surtout qu’avec toute cette attention, je pourrai au moins sensibiliser les gens à la santé mentale en général. Je trouve mon histoire plutôt cool, alors j’espère que ça marchera. » Elle évoque notamment des régimes très stricts et très peu de liberté ; aujourd’hui, elle explique être revenue selon ses propres conditions : participer au processus créatif du programme, décider de ses entraînements, pouvoir choisir son régime alimentaire, etc. Sa façon de bousculer les codes de ce sport pourtant très attaché aux traditions lui vaut une vague de popularité sur les réseaux sociaux, atteignant 1,4 million d’abonnés sur Instagram ; davantage d’ailleurs que son homologue masculin Ilia Malinin.
Promouvoir le bien-être avant tout
La compétition féminine de patinage de ces JO, bien que remplie de rebondissements, s’est déroulée dans un cadre bienveillant et joyeux. Cela est en partie lié à ces trois patineuses, qui ont traité leurs rivales comme des amies avant tout.
Alysa Liu a notamment foulé la glace plus décontractée que jamais, avec un sourire et une joie de patiner du début à la fin de son programme, ce qui a bien sûr conquis tous les spectateurs dans la salle.
Amber Glenn a elle aussi fait preuve d’un grand esprit sportif. Lorsque Kaori Sakamoto, dont c’étaient les derniers JO, fond en larmes après avoir fini 3e, les journalistes se ruent vers elle, mais Amber Glenn s’interpose et les empêche de la filmer.
Quant à Isabeau Levito, elle a déclaré lors d’une interview : « J’ai l’impression d’être exactement là où je veux être, et je suis tellement heureuse que tout se soit mis en place pour que je puisse être ici. Je suis ravie d’avoir l’opportunité de participer à cette compétition. » Ce témoignage sincère lui a d’ailleurs valu une vague de harcèlement en ligne, certains la qualifiant de pas assez sérieuse ou l’associant à la pénurie de préservatifs sur le village olympique.

Crédit: Tik Tok – Amber Glenn protégeant Kaori Sakamoto des caméras alors qu’elle est en pleurs
Briser les tabous
Après sa quatrième place, Amber Glenn a tenu à évoquer spontanément un sujet encore trop tabou dans le monde du sport. Elle s’adresse ainsi aux journalistes de France Télévisions en leur expliquant : « J’ai mes règles en ce moment, c’est vraiment difficile, surtout quand on doit porter ce genre de vêtements et qu’on doit être performante. (…) C’est dur et personne n’en parle. C’est vraiment difficile et effrayant, et on se sent bouleversée. C’est quelque chose dont on ne parle pas beaucoup concernant les athlètes féminines, alors que ça devrait être un sujet de discussion. » Elle ajoute que cela peut influencer la performance des athlètes, même de manière subtile.
Après ce discours, de nombreux internautes sur les réseaux se sont permis de commenter cette déclaration en affirmant notamment qu’elle devrait, en tant que sportive de haut niveau, « stopper ses règles » le temps des JO afin de ne pas être dérangée. Malgré ces commentaires, Amber Glenn ne cesse de prendre la parole pour défendre les femmes, les communautés LGBT et autres communautés marginalisées.
L’importance des choix artistiques
Les trois patineuses ont un style bien à elles ; pourtant, elles se distinguent toutes différemment. Alysa Liu opte pour une robe à paillettes dorées, un piercing et des cheveux colorés en mèches brunes et blondes, mettant ainsi en avant son authenticité et son originalité. En effet, comme l’avait souligné Isabeau Levito en conférence de presse, l’apparence est très importante dans le monde du patinage, car elle contribue à l’histoire que véhicule le programme. C’est pour cette raison que la jeune patineuse se maquille et se coiffe elle-même. Elle est d’ailleurs reconnue pour son élégance, tant dans son patinage que dans ses mises en beauté.
Le choix musical est lui aussi très important, comme l’ont démontré Alysa Liu et Amber Glenn en patinant sur des musiques entraînantes et modernes, ce qui reste rare dans le patinage artistique. Ainsi, ces patineuses s’affranchissent des codes imposés et deviennent de véritables artistes, apportant un vent de fraîcheur et une originalité singulière pour développer ce que l’on pourrait appeler le patinage 2.0.
Photo Credit: Fast Company
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