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Territoire disputé entre le Maroc et le Front Polisario (mouvement indépendantiste sahraoui soutenu par l’Algérie), l’ancienne colonie espagnole est aujourd’hui majoritairement contrôlée par le Maroc. Avec la fin du cessez-le-feu de 1991 imposée en 2020, la rupture est nette. L’armée marocaine avait ouvert un corridor routier à Guerguerat, en territoire tampon, provoquant l’ire du Polisario. Depuis, aucune guerre ouverte mais des affrontements militaires de “faible intensité” le long du mur de défense, “mur de sable”. Bien que gelé, ce conflit ravive les tensions régionales : l’Algérie, alliée du Polisario, a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc fin 2021.

Carte du territoire en conflit / Middle East Eye

Une situation humanitaire préoccupante

Les 173 600 Sahraouis réfugiés dans cinq camps de la région de Tindouf, au sud-ouest de l’Algérie, dépendent totalement de l’aide humanitaire. L’insécurité alimentaire y est très répandue : près de 88 % des réfugiés en sont victimes, ou menacés de l’être. Les enfants de moins de cinq ans, particulièrement vulnérables, en souffrent d’autant plus : 1 sur 10 est malnutri selon les Nations Unies, et 1 sur 2 est touché par l’anémie. De quoi vraiment s’inquiéter pour leur santé. 

Ce postulat s’est largement aggravé avec la pandémie Covid, principale responsable de la hausse mondiale des prix des denrées alimentaires et du carburant. Résultat :  l’acheminement de l’aide humanitaire a été fortement perturbé. S’ajoutent aussi une sécheresse chronique et des événements climatiques extrêmes (tempêtes de sable, inondations). En face, les camps sont trop vulnérables et la qualité de la vie des habitants ne cesse de se dégrader. 

Les agences des Nations Unies (UNHCR ou UNICEF) et plusieurs ONG multiplient les appels de fonds, alertent sur les conditions difficiles que subissent les Sahraouis de Tindouf (climat désertique extrême, pauvreté), et soulignent la nécessité d’une aide d’urgence.

Double impact sur les populations

Touchés de plein fouet par le conflit et l’immobilisme politique, les jeunes des camps de Tindouf sont frustrés par leur isolement géographique et l’absence d’activité économique. Pour Reuters, une mère du camp de Boujdour raconte : “la vie est dure ici : on est très pauvres et tout est cher… on passe la journée à boire du thé et à rêver de jours meilleurs”. Les autorités algériennes offrent des bourses d’études, l’UNICEF finance la formation de milliers d’enseignants et de professionnels de santé, ainsi que l’instruction d’environ 40 000 enfants en 2023, mais les résultats sur les infrastructures d’éducation et de santé ne suivent pas. Et malgré les efforts pour lutter contre le chômage structurel, l’ONU estime qu’encore 60 % des réfugiés sont économiquement inactifs, 

Sur place, la population bénéficie théoriquement d’investissements pour des routes et des villes nouvelles comme Dakhla, mais fait face en réalité à de fortes restrictions politiques. Les rapports de l’ONU et d’organisations de défense des droits humains dénoncent des arrestations d’activistes et de journalistes. Les allégations d’intimidation, de surveillance et de discrimination à leur encontre se multiplient. Du point de vue international, le Secrétaire général onusien António Guterres déplore surtout l’impossibilité d’accéder au territoire depuis 2015. 

En clair : le poids du conflit est double. La population désespérée de Tindouf subit la pauvreté et l’enfermement, tandis que les habitants des villes sous administration marocaine dénoncent une marginalisation politique, malgré quelques rares avancées matérielles. 

Réactions de l’étranger

La communauté internationale reste divisée sur ce sujet enflammé qui implique de nombreux acteurs. L’ONU maintient depuis 1991 la Mission des Nations unies (Minurso), chargée de surveiller le cessez-le-feu et œuvrer pour une solution politique, notamment via un référendum sur le droit à l’autodétermination. La résolution du Conseil de sécurité de l’ONU d’octobre 2025 appelle les parties à négocier à partir du plan d’autonomie marocain de 2007. Pour la première fois, le fait que “l’autonomie authentique pourrait représenter la solution la plus praticable” au conflit est reconnu. Adoptée à une large majorité de 11 voix, en l’absence de la délégation algérienne, cette résolution reflète un vrai tournant diplomatique. De plus en plus de pays dont les États-Unis, l’Espagne, l’Allemagne, la France, ou le Royaume-Uni soutiennent la souveraineté marocaine ou au moins son plan d’autonomie comme base de négociation. 

Ces avancées ravivent toutefois les tensions franco-algériennes alors que l’Algérie et l’Union africaine soutiennent toujours le droit des Sahraouis à l’autodétermination. En face, le Front Polisario rejette toute négociation fondée sur des “propositions visant à légitimer l’occupation militaire illégale” du territoire. Reste à savoir si le droit international pourra primer.

Photo Credit: Martine Perret, ONU

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Ambre Niedziela

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