Le 12 octobre 2025, Sébastien Lecornu annonçait son deuxième gouvernement, dans l’espoir de le voir résister à la menace de censure qui l’avait déjà poussé à démissionner une première fois. Parmi les nombreux ministres issus pour la plupart du camp macroniste ou de la société civile, Monique Barbut prend les rênes de la Transition écologique. Elle succède à Agnès Pannier-Runacher, après deux ans au ministère. La nouvelle ministre entre en fonction dans un contexte difficile : sans majorité à l’Assemblée pour le gouvernement dont elle fait partie, elle est dans l’obligation de trouver des compromis pour mettre en œuvre sa politique environnementale. Ce besoin de consensus engendre une écologie d’apparence, insuffisante au regard des objectifs européens.
Monique Barbut est une pointure dans les négociations internationales sur le climat. Présidente du WWF (World Wildlife Fund) entre 2018 et 2023, elle se démarque par son expérience dans la lutte pour le climat. Elle s’illustre aussi par sa participation au One Planet Summit pour la biodiversité en 2020-2021, en tant qu’ « envoyée spéciale du président Emmanuel Macron sur le climat ». Sa spécialisation dans la diplomatie constitue un atout, d’autant plus que sa première mission notable sera la participation à la COP 30 à Belém, du 10 au 21 novembre 2025. On pourrait donc s’attendre à une politique dynamique et affirmée en termes d’environnement et de climat. Cependant, Monique Barbut aborde la scène nationale avec prudence, et tente de rassurer le Parlement par des prises de positions ambivalentes et souvent mesurées.
Sur la question du budget, sujet important en cette fin d’année, il n’est pas question de s’opposer à la majorité macroniste ni d’insuffler une nouvelle impulsion. Le budget consacré à la Transition écologique reste en 2026 le même que celui de cette année, avec environ 24 milliards d’euros. Ce manque d’ambition se concrétise en la réduction ciblée d’enveloppes dédiées à des politiques écologiques mises en place par l’Etat, et notamment celle de MaPrimRénov, l’aide financière à l’isolation énergétique des maisons. Les crédits alloués à cette politique baissent en 2026 de 500 millions d’euros : les plafonds d’aide diminuent de moitié notamment. Pour autant, malgré un besoin d’investissements dans des mesures environnementales, Monique Barbut s’oppose à la taxe Zucman, qui aurait généré des recettes et élargi sa marge de manœuvre. Elle choisit alors de renoncer à un levier d’action important dans la politique écologique. Si elle revendique une continuité dans la fiscalité, en réalité les moyens d’action de certaines politiques se retrouvent réduits.
Cela se traduit dans le refus de la nouvelle Première ministre de s’allier à la gauche. En effet, ce bord politique témoigne davantage de leur sensibilité aux questions écologiques à travers les lois qu’ils défendent : par exemple, ce sont les écologistes, la France insoumise et les socialistes qui ont saisi en juillet le Conseil Constitutionnel pour s’opposer à la loi Duplomb qui aurait permis la réintroduction des néonicotinoïdes, pesticides particulièrement dangereux pour la biodiversité. A l’inverse, le gouvernement Bayrou, dont M. Barbut est aujourd’hui l’héritière, soutenait le projet de loi en accord avec la droite. Ainsi, en refusant toute entente avec la gauche écologiste, la nouvelle ministre se replace dans la continuité des précédents gouvernements alors même que d’un point de vue écologique, elle gagnerait sans doute plus à tendre la main à ces partis ouverts aux compromis afin de mener une action plus aboutie.
Par ailleurs, en s’opposant à la taxe Zucman et par ses diverses déclarations, Monique Barbut envoie un message politique : elle va chercher un compromis avec la droite, allant jusqu’à rassurer l’extrême-droite. Cela marque une différence claire avec ses déclarations à la tête de WWF : sur la question du nucléaire notamment, Monique Barbut s’illustrait historiquement par des opinions assumées pour les énergies renouvelables et le remplacement du nucléaire. Un rapport de l’ONG sous sa présidence notait « Nous appelons notamment le parlement européen à ne pas céder à la pression de la France et d’autres pays en acceptant de classer le gaz fossile et l’énergie nucléaire comme durable dans sa taxonomie ».
Ainsi, par cette pléthore de compromis, M. Barbut craint une action écologique ferme et forte, à l’heure où des décisions rapides et efficaces sont nécessaires. Toutefois, elle ne s’accorde pas non plus avec la droite et l’extrême-droite, puisqu’elle a répondu ainsi aux accusations du député Sébastien Humbert (RN) : « On ne pourra pas, dans ce pays, avoir juste de l’énergie nucléaire. C’est impossible de n’avoir qu’une seule source d’énergie, si vous voulez être en souveraineté énergétique. Il vous faut développer toutes les énergies possibles. ». Sans rompre avec la gauche, sans braquer la droite, M. Barbut paraît prisonnière d’une position modérée.
La seule main tendue aux Écologistes, et donc à une transition plus affirmée, est une note conjointe franco-espagnole au sein du Conseil de l’UE qui soutient le maintien de l’interdiction des moteurs thermiques d’ici 2035. Cela intervient dans un contexte de forte remise en cause de cet objectif par l’Allemagne et l’Italie. On peut toutefois nuancer cette proposition : si elle défend effectivement le maintien de l’interdiction en 2035, elle prévoit aussi un assouplissement supplémentaire, sous la forme de “super-crédits” pour les entreprises industrielles qui produisent en Europe.
L’action de la nouvelle ministre de la Transition écologique sera donc, selon ses propres mots, tournée vers “une écologie du quotidien”. Pas de volonté de changements systémiques : elle encourage les initiatives individuelles, à l’image de la politique écologique menée par la majorité présidentielle depuis 2017, en redonnant à nouveau la responsabilité aux citoyens des émissions de gaz à effet de serre. En cela, Monique Barbut ne semble pas incarner de rupture avec ses prédécesseurs, qui sont pourtant loin d’avoir atteint les objectifs européens annuels : l’année 2024 a été marquée par une baisse de 1,8% des émissions de gaz à effet de serre, pour 5% par an prévus par les objectifs européens. Au contraire : la réduction des enveloppes publiques pour les politiques déjà mises en œuvre, l’opposition à de nouveaux financements et les prises de position mitigées sur l’énergie contribuent à poursuivre la politique prônée par E. Macron, qui ne porte manifestement pas ses fruits. Si les compétences de la nouvelle ministre ne laissent aucun doute, il va lui falloir en revanche faire montre d’un élan nouveau pour engager une transition écologique plus efficace. L’exécutif poursuit dans un agenda environnemental insuffisant : le climat attendra encore.
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