Le 30 octobre, lors d’un discours devant généraux et amiraux américains convoqués en Virginie, Donald Trump affirmait que ne pas recevoir le prix Nobel de la paix serait “une insulte” puisqu’il se serait engagé en faveur de la paix dans divers conflits (Israël-Iran, Inde-Pakistan, Rwanda-RDC, Thaïlande-Cambodge, Arménie-Azerbaïdjan, Serbie-Kosovo, et Égypte-Éthiopie). “Ils le donneront certainement à un gars qui n’a rien fait du tout” ajoute-il, tenant à se démarquer et à critiquer les choix du comité Nobel. Certains demeurent pour le moins surpris du crédit accordé à cette proposition au vu de ses prises de positions, notamment sur l’immigration.
Une obsession personnelle
Lors de son discours devant l’Assemblée générale des Nations Unies, le 47e président des Etats-Unis a plusieurs fois manifesté son désir de recevoir le prix. Ses prétendues réussites diplomatiques sur le plan de la paix seraient déjà nettes : sept guerres se seraient terminées depuis son retour dans le Bureau ovale le 20 janvier. En réalité, ce palmarès doit être nuancé, car son rôle reste marginal ou controversé. Dans le cas des tensions entre la Thaïlande et le Cambodge, Phumitham Wechayachai, ancien vice-Premier ministre de la Thaïlande, a insisté sur sa volonté d’écarter les Etats-Unis du processus de paix. Et la situation est encore profondément instable : seul un cessez-le-feu à été négocié bilatéralement le 28 juillet dernier. En attendant, aucun accord de paix n’a vu le jour. Quant à la situation en Europe du Sud-Est, Belgrade refuse toujours catégoriquement de reconnaître le Kosovo en dépit de l’énergie mobilisée par Donald Trump pour tenter de faciliter le dialogue entre les deux belligérants : une initiative qui, selon lui, aurait permis l’instauration d’un cessez-le-feu. Cependant, la paix ne correspond pas simplement à l’absence de conflit… Ne serait-ce pas exagéré de présenter le président américain comme un artisan de la paix ?
Un titre éminemment polémique
Si Trump insiste autant sur ce que certains qualifient déjà de “caprice”, c’est aussi parce qu’il sait pouvoir compter sur le soutien de dirigeants comme Benyamin Netanyahou. En effet, plusieurs ont proposé son nom au comité Nobel à sa place. Il ne s’agit là aucunement d’un signe de modestie du président : une règle empêche quiconque de postuler en son propre nom. Et si une telle entreprise est mobilisée autour de cette question, c’est aussi signe du lien indéfectible entre l’Etat hébreux et les Etats-Unis. Le nouveau plan de paix Israël-Hamas proposé par Donald Trump (secondé par plusieurs États musulmans) lundi 29 septembre, a immédiatement été accepté par le Premier ministre israélien qui le considérait favorable à ses intérêts.
Ce plan aurait pu conditionner le soutien à la candidature de Trump, d’autant plus que lors de la 80e session de l’Assemblée générale de l’ONU le 23 septembre dernier, Emmanuel Macron l’avertissait déjà : “Le prix Nobel passe par la paix à Gaza”. Et ça aurait pu encourager le locataire de la Maison blanche à s’investir pleinement dans la réalisation de ce plan de paix… l’occasion rêvée de s’assurer d’une plus grande crédibilité sur la scène internationale.
Vers une politisation des prix Nobel ?
Le comité Nobel s’était déjà penché sur la question israélo-palestinienne en décernant deux prix simultanément à Yitzhak Rabin, et Yasser Arafat en 1994, pendant l’exercice de leurs fonctions. Leurs actions paraissent alors plus tangibles que celles revendiquées par Donald Trump aujourd’hui. Le récompenser aurait signifié la reconnaissance des initiatives controversées menées durant ses deux mandats, mais surtout du fait qu’il aurait “apporté le plus grand bénéfice à l’humanité”, comme l’indique la charte Nobel. Le comité aurait pris le risque de perdre en crédibilité, non seulement auprès du grand public, mais aussi du monde universitaire, pour qui un prix Nobel reste, peu importe la catégorie, un véritable graal.
La récompense tant attendue a finalement été décernée à María Corina Machado, une figure de l’opposition au régime autoritaire vénézuélien pour son combat en faveur de la démocratie. Elle porte son combat contre la dictature socialiste depuis 2002, et a créé le mouvement Súmate, avec pour objectif de destituer le président Chávez. Au cours d’un point presse, le président américain a toutefois reconnu l’honneur de la lauréate. Quant à lui, le cessez-le-feu négocié pour le conflit entre Israël et le Hamas n’est entré en vigueur que le jour de la remise du prix… et aucun accord de paix n’est encore prévu pour le moment. Il est peut-être simplement trop tôt pour juger les mérites de Donald Trump dans l’architecture de la paix à l’échelle mondiale.
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