Skip to main content

Écrire que la baisse de consommation de l’alcool est une bonne chose depuis Reims, ville berceau du champagne, peut paraître incongru, mais nous nous prêtons néanmoins à l’exercice. Dans son rapport de 2023, l’Observatoire Français Des Drogues et des Tendances Addictives établit que “près d’un adolescent sur cinq a déclaré n’avoir jamais consommé de l’alcool de sa vie en 2022, soit une proportion multipliée par trois en vingt ans”. Ces chiffres sonneraient-ils la fin des boissons à pourcentages ? D’autres événements comme le “Dry January”, un défi qui consiste à ne pas boire d’alcool pendant le mois de janvier, semblent aussi avoir le vent en poupe avec 75% de participants en plus par rapport à 2023

Là où hier, déambuler en soirée avec son cocktail à la main était l’apogée de la sophistication et du succès social, cet a priori semble disparaître aujourd’hui avec de plus en plus de jeunes “sober curious”, un terme créé par la journaliste Ruby Warrington caractérisant les personnes intriguées par les bienfaits d’un mode de vie en toute sobriété. Cet intérêt revendiqué pour l’abandon de l’alcool est provoqué par des causes multiples comme l’envie d’améliorer sa santé physique et mentale ou tout simplement la volonté de refuser de perpétuer la normalisation de ces pratiques. 

Contrairement aux idées reçues, pas besoin de vivre une vie d’ascète quand on choisit la sobriété. 

Des fêtes voire des bars sans alcool ont émergé partout dans le monde comme le Sober Lounge parisien, les événements SoBerlin dans le pays réputé pour l’Oktoberfest (pas très sobre friendly pour le coup) ou encore le Redemption Bar de Londres. La montée en puissance des mocktails, ces cocktails sans alcool, met progressivement fin au sentiment d’exclusion dans une vie sociale traditionnellement centrée autour d’un verre entre amis. On peut aussi facilement trouver en quelques clics sur Internet toutes sortes de vins, tequilas ou même vodka sans alcool – une offre donc bien plus variée et subtile que le Champomy. En tout cas, avec toutes les alternatives disponibles sur le marché aujourd’hui, une consommation plus responsable voire une absence de consommation tout court ne semblent plus si déraisonnables.

Certains pays scandinaves ont même poussé le curseur plus loin. Augmentation des taxes sur l’alcool, interdiction du marketing destiné à sa vente ou encore un monopole de l’Etat sur le marché de l’alcool permettant de limiter les points de vente… Le but est de supprimer l’influence des entreprises privées en partant du postulat que les bénéfices générés par la vente de boissons alcoolisées est inférieur aux dommages importants que cette consommation a sur la santé des citoyens. L’Etat régule ainsi la vente à travers des horaires d’ouverture très restreints ou des prix élevés à fonction dissuasive. Ces mesures paraissent efficaces puisque selon L’Organisation Mondiale de la Santé, le Danemark, la Finlande, la Norvège et la Suède sont les pays où le niveau de consommation d’alcool est parmi les plus faibles de L’Union Européenne en 2023.

Cela signifie-t-il qu’une nouvelle prohibition pointe le bout de son nez ? 

N’ayez crainte, votre verre de rouge en terrasse n’est pas (encore) menacé. Il serait inutile voire contreproductif de démoniser une consommation occasionnelle et raisonnée. Une interdiction complète ne ferait qu’ouvrir la porte au commerce clandestin comme nous l’a montré l’exemple américain il y a un siècle. De plus, boire fait encore partie intégrante de la tradition française nourrissant à la fois sa richesse culturelle avec plus de 3000 variétés de vins en France pour environ 380 appellations, mais également économique à travers une exportation ayant rapporté 16,5 milliards d’euros en 2024 et qui représente 85% d’exportations françaises de boissons cette même année. Tout cela sans compter l’oenotourisme et les revenus qu’il génère (12 millions de touristes par an). Il est également vrai que l’image du buveur poivrot est très réductrice et il faut avoir conscience qu’il y a aussi des personnes absolument passionnées par la palette de textures, couleurs et parfums qu’offrent les produits des vignes françaises. 

Néanmoins, la tendance générale de la “déringardisation” de la sobriété est une excellente nouvelle qui invite à repenser ses habitudes et à se débarrasser de ce réflexe quasi automatique d’ouvrir une bouteille lorsque l’on a de la compagnie. Les chiffres encourageants ne peuvent que donner l’espoir de pratiques plus responsables. Qui sait, la prochaine fois que vous irez en soirée, peut-être vous laisserez-vous tenter par un mocktail ?

Photo Credits: Bulle, Wine, Grape. Nafeti_art, Pixabay.

Other posts that may interest you:


    Discover more from The Sundial Press

    Subscribe to get the latest posts sent to your email.

    Ewa Nouyrigat

    Author Ewa Nouyrigat

    More posts by Ewa Nouyrigat

    Leave a Reply

    Discover more from The Sundial Press

    Subscribe now to keep reading and get access to the full archive.

    Continue reading