Le Parc des Princes, stade du Paris Saint-Germain, est connu pour la rivalité entre ses tribunes et ses chants scandés dans toute la capitale, mais aussi pour leurs forts débordements : insultes, provocations, slogans humiliants et injurieux… À l’heure où les instances sportives renforcent leur vigilance quant aux propos des supporters, ces derniers ne semblent pas prendre le débat au sérieux : jusqu’où les sanctions devront-elles aller ?
Si la rivalité entre Paris et Marseille fait partie du folklore du football français, elle s’est aussi construite sur des codes d’humiliation stéréotypés, souvent fondés sur l’insulte plutôt que sur l’autodérision. Dans les tribunes du Parc des Princes, les chants tournent souvent autour de l’homosexualité comme insulte, à travers des termes pénalement sanctionnés : en France, l’injure publique à caractère homophobe est sanctionnée dans le code pénal et les peines encourues vont jusqu’à 1 an de prison et 45 000 € d’amende.
Ces chants sont donc de plus en plus analysés et réprimés par les autorités : le ministère des sports appelant à l’arrêt immédiat de l’utilisation de ces termes dans le stade. L’entraîneur du PSG Luis Enrique a lui-même appelé à cesser immédiatement l’utilisation de ces termes et la commission de discipline de Ligue de football professionnel (LFP) se focalise de plus en plus sur le club, multiplie les rappels à l’ordre : exprimant régulièrement que « les propos discriminatoires n’ont pas leur place dans les stades ».
Loin de décourager les supporters, ces interdictions ont parfois stimulé leur créativité. Lors d’un match opposant le PSG à Marseille, certains supporters parisiens ont contourné les interdictions en utilisant un slogan détourné : « Les Marseillais, c’est des livreurs ».

Ce chant, accompagné d’une représentation visuelle d’un livreur de l’entreprise “DPD” portant des symboles marseillais, repose sur un jeu de mots visant à ouvertement suggérer l’insulte sans l’exprimer explicitement : une manière, pour les supporters, de contourner les sanctions tout en conservant une logique de provocation. L’arbitre Willy Delajod avait dû interrompre le match afin de faire passer le message : l’utilisation de tels propos injurieux peut donner lieu à l’interruption du match et une défaite peu importe le score, une sanction que peut attribuer l’arbitre.
Si de nombreux supporters considèrent ces chants comme relevant uniquement de la culture du sport et de la tradition, donc sans volonté discriminatoire, la LFP ne semble pas du même avis et a remédié à l’absence de sanction de la part de l’arbitre. À l’issue du match, le club, responsable du maintien de l’ordre dans ses tribunes, est condamné à payer 10000€ d’amende et verra la tribune Auteuil, symbole des ultras et de la ferveur parisienne, partiellement fermée pour les deux prochains matchs. Certains supporters ont dénoncé « une atteinte à la liberté d’expression dans les tribunes », mais pour les juristes spécialisés, le cas est clair, ces chants relèvent de l’injure publique, même dans un contexte sportif.
De plus, le rôle des joueurs semble essentiel dans ces tentatives de sensibilisation à l’impact des chants. Les joueurs n’ont en réalité pas aidé la LFP dans cette démarche : certains ont même été eux-mêmes convoqués par la commission disciplinaire en 2023 après un match endiablé contre l’OM pour avoir encouragé ces propos dans le stade et orchestré les chants. Ainsi, Ousmane Dembélé, Achraf Hakimi, Randal Kolo Muani et Layvin Kurzawa ont tous les quatre reçu une suspension pour le temps d’un match.
Au-delà du club et des instances sportives et gouvernementales, ce sont aussi les ONG qui s’indignent : plaintes contre X déposées, par l’association Stop Homophobie ou encore le collectif Rouge Direct, au tribunal correctionnel de Paris, pour “injures et provocations publiques homophobes”.
Au-delà des injures explicites, certains chants sont aujourd’hui remis en question en vue de leur symbolique et de leur contexte d’origine. Le chant “les rats” fait notamment de plus en plus polémique. En effet, ce chant renvoie pour beaucoup à la propagande nazie ayant souvent comparé les Juifs à des rats, c’est-à-dire des nuisibles. Même si le chant n’est majoritairement pas considéré comme directement antisémite, il renvoie factuellement à un fort processus de déhumanisation. Ainsi, puisque cette interprétation est assez répandue, il est dorénavant difficile de l’ignorer.
Cette sensibilité est d’autant plus marquée que certains groupes ultras parisiens ont, par le passé, entretenu des liens documentés avec des groupes d’extrême droite. Si le paysage des tribunes a politiquement évolué, cet héritage pèse dans l’interprétation de ces chants.
Alors que les instances sportives renforcent leur vigilance, la question des chants dans les stades s’inscrit dans un débat plus large sur les limites de la liberté d’expression, notamment avec le changement radical de la fenêtre d’Overton, laissant place à des propos de plus en plus extrêmes. Entre volonté de préserver une culture de tribune fondée sur la provocation et nécessité de lutter contre les propos discriminatoires, clubs et autorités tentent toujours de trouver un équilibre, malgré le manque de coopération des supporters.
Photo Credit: FootMercato
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