Alors que la déforestation et l’exploitation minière illégale restent impunies au Brésil, nombre de femmes autochtones élèvent leurs voix : elles constituent désormais une force contestataire incontournable.
En l’espace d’une année, les destructions de la couverture forestière ont augmenté de près de 10% selon l’AFP. C’est alarmant, et les liens avec la corruption, le crime organisé, et les violations des droits humains, sont plus que évidents. Le rapport d’Interpol sur le projet LEAP (programme d’aide à la lutte contre le déboisement des forêts tropicales), les expose très bien. Les premières victimes ? Les défenseurs de l’environnement, catégorie d’activistes la plus persécutée du monde, avec un mort tous les deux jours en 2022 selon Global Witness, une organisation d’enquête sur les industries polluantes. En clair : l’aventure dans laquelle les plus motivés s’engagent est très dangereuse.
Elles résistent tant bien que mal
Dans un pays de 210 millions d’habitants qui abrite près de 2 millions d’autochtones de plus de 300 ethnies différentes, le rôle des femmes autochtones est sans appel. En 2019 déjà, elles sont des milliers à se rassembler à Brasilia : un grand cortège pour dénoncer les “politiques génocidaires” du président d’extrême droite Jair Bolsonaro défile. Elles luttaient contre sa volonté d’ouvrir leurs territoires réservés à l’exploitation minière sous prétexte de vouloir les “intégrer à la société”. Derrière la pancarte “Résister pour exister”, ces activistes ont marché en tenues traditionnelles, avec arcs, flèches, plumes et instruments de musique dans les rues de la capitale. Une vive manifestation pour faire face à ce qu’elles qualifient de “déclaration de guerre”.
Un combat mené sur plusieurs fronts
En réalité, leur engagement est double : mettre l’environnement mais aussi les femmes au cœur des préoccupations sociales, d’où le terme d’écoféminisme. Parmi les plus ferventes, Maria Eva Canoé témoigne auprès de RTBF Actus pendant le Free Land Encampment de 2019, rassemblement annuel des peuples autochtones à Brasilia : “Nous luttons également, comme femmes, pour la reconnaissance et le droit d’avoir notre place et notre espace”. En effet, la pression subie par les femmes dans l’industrie minière est plurielle : violences physiques comme sexuelles, et dépossession de moyens de subsistance. Selon Frente de Mujeres Defensoras de la Pachamama, les femmes ont des taux d’analphabétisme et de pauvreté bien plus élevés que le reste de la population. Rapidement, elles sont considérées comme des “obstacles” par les corporations minières, qui utilisent parfois le viol pour les expulser de force de leurs terres comme le relate l’association Autres Brésils. Tout semble être fait pour dégrader leur position sociale déjà fragile.
La plus déterminée n’est pas prête de s’arrêter
Puyr Tembé, elle, est l’une des figures de proue de ce mouvement engagé contre la déforestation de l’Amazonie et l’accaparement des terres autochtones en général. Militante de Belém, elle rappelle que “pour les indigènes, la terre est une femme, une mère. Nous en prenons soin, nous la protégeons et elle nous protège”. Tembé, devenue politique, suscite l’admiration. En tant que présidente de la Fédération des peuples autochtones du Pará (Fepipa), créée en 2016 pour défendre les droits sociaux, politiques, économiques, culturels et humains des communautés indigènes, elle participe activement aux négociations avec le gouvernement de Brasilia. Avec une autre organisation, elle a pour objectif de renforcer le leadership de ces femmes dans la lutte pour la protection de l’environnement, notamment pendant la Journée internationale des peuples autochtones du 9 août. Plus récemment, Tembé a été élue secrétaire d’État aux communautés autochtones du Pará en Amazonie, un poste capable de légitimer leurs revendications.
Sur le terrain, elle ne manque pas de faire ses preuves aussi, en affrontant directement les bûcherons illégaux qui menacent ses terres familiales. Ces altercations, parfois armées, traduisent les fortes tensions inter-populations qui existent au Brésil. De quoi illustrer la force de son engagement.
L’écho dépasse les frontières brésiliennes
Sur la scène culturelle, le documentaire We are Guardians, sorti en 2023, met en scène tout cet élan de militantisme, et a été couronné de succès. Et sur la scène géopolitique, la présence de Puyr Tembé à la COP 30, qui a lieu ce mois-ci à Belém, au cœur de l’Amazonie brésilienne, offre de vraies perspectives quant à l’attention accordée aux voix des peuples autochtones. Un espoir qui n’attend que des réponses prometteuses…
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