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C’est une vidéo de promotion, très simple en apparence, qui a fait réagir plusieurs observateurs écologistes. Elle est filmée à Dubaï, ville de la démesure et poumon économique des Émirats Arabes Unis, 5ème pays exportateur de pétrole. Cette publicité de 7 minutes pour l’entreprise de matériaux Saint-Gobain (CAC40), est menée par François Gemenne, une personnalité loin d’être inconnue…

Lunettes de soleil, caméra portative et airs d’influenceur… Qui pourrait deviner que derrière cet homme qui vante les innovations techniques de la firme se cache en réalité l’un des auteurs du 6ème rapport du GIEC ? Une figure scientifique donc, spécialiste des politiques d’adaptation au changement climatique, et conscient de l’urgence d’agir face à un danger sans précédent. Interrogé par le média Vert, François Gemenne dit avoir voulu “montrer les solutions qui existent pour décarboner le bâtiment”, s’interdisant tout greenwashing. Pourtant, difficile d’imaginer qu’un ancien professeur d’écologie de Sciences Po puisse être rémunéré par une entreprise impliquée dans des scandales environnementaux, pour parler, entre autres, de solutions de climatisation au milieu du désert…

Pire que le greenwashing

Rapidement, une étiquette est accolée à ce phénomène. Inspiré du “greenwashing”, soit “l’utilisation fallacieuse d’arguments faisant état de bonnes pratiques écologiques dans des opérations de marketing ou de communication” (Larousse), ce que l’on appelle le “science washing” n’a finalement rien de nouveau. Sur France Inter, la journaliste Camille Crosnier présente ce concept comme une “nouvelle combine des industriels pour faire croire que tel ou tel procédé est validé par la science.” Inquiétant au vu de la confiance universelle qu’elle inspire.

La science à toutes les sauces

En réalité, le “Science washing” fait partie intégrante de notre quotidien. Du dentifrice “recommandé par les dentistes”, aux cosmétiques “testés dermatologiquement”, en passant par le Nutri-Score, l’argument d’autorité scientifique est intégré dans les stratégies marketing depuis des dizaines voire centaines d’années… à tel point qu’il est considéré comme une figure rhétorique classique par Clément Viktorovitch dans Le Pouvoir Rhétorique. La science étant censée reposer sur la rationalité, les figures et démarches scientifiques apportent beaucoup de légitimité à ce qu’elles “valident”. Résultat : moins de remise en question du produit ou de l’entreprise, et une augmentation des risques pour le consommateur, comme pour l’environnement.

Mais dis moi Jamy…

Autre exemple avec la collaboration commerciale entre Jamy Gourmaud et le salon de l’aviation du Bourget. Dans un réel Instagram, Jamy vante les mérites des biocarburants et des avions solaires pour la décarbonation du secteur. Certes, ce sont des leviers nécessaires, mais ils restent nettement insuffisants (le solaire n’est utilisable que pour de tout petits avions par exemple). Pour le think tank de Jean-Marc Jancovici, “The Shift Project“, il n’existe qu’une solution pour un “scénario crédible” de décarbonation : “une limitation de la croissance du trafic, qu’elle soit subie, naturelle ou volontaire”, le trafic ayant  déjà augmenté de 1300% depuis 1990. Comme avec François Gemenne et sa clim’ dans le désert, Jamy oublie un aspect essentiel de la transition : celui de la sobriété

Pas étonnant au vu de ses nouvelles habitudes : vidéos pour les lobbies du lait, des céréales, ainsi que pour la société gazière GRDF. De quoi faire le deuil de la démarche scientifique de son émission C’est pas Sorcier

Un devoir moral scientifique ?

Dans le contexte d’une forte tendance au climatoscepticisme en France et dans le monde, on pensait que la science serait le dernier rempart face aux flots invasifs de désinformation climatosceptique, que ce soit dans les médias, chez les influenceurs, ou même dans le monde politique. À l’heure où le consensus scientifique est constamment attaqué, ces opérations ayant pour seul but un profit individuel flirtent avec l’irresponsabilité, sinon l’égoïsme. Pourrait-on parler d’irrespect face à une communauté scientifique qui se veut vraiment fiable ? En face, nombreux sont les scientifiques qui continuent de documenter l’évolution du climat et ses conséquences indépendamment d’objectifs économiques. Et heureusement. 

Le problème se situe dans l’urgence

D’après une récente étude canadienne, un réchauffement de l’ordre de 3°C par rapport à l’ère préindustrielle pourrait causer 4,4 milliards de morts d’ici 2050, en plus de provoquer une baisse d’environ 50% du PIB mondial. Dommage, dans ce cas, que le profit de scientifiques censés œuvrer pour le bien commun passe avant la vie de milliards de personnes, et le monde des générations futures.

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