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CUISINE — ALICE

(Alice est assise, penchée en avant)

Le Policier
Qui êtes-vous et que s’est-il passé cette après-midi ?

Alice
Je m’appelle Alice. Henri est mon oncle. Enfin… était mon oncle. On se comprenait pas toujours, mais…. je l’aimais. Un peu… je crois. Il disait que je faisais tout de travers… Il était dur, mais… c’était comme ça avec tout le monde. (elle sert son mouchoir entre ses mains) 

Après le dessert, j’ai proposé de faire le café, pour calmer un peu l’ambiance. Il y a toujours des embrouilles pendant les repas… surtout avec Marc. Tout le temps. Ils se disputaient déjà depuis l’entrée. A propos de choses anciennes… Toujours les mêmes. Mais… ils s’aimaient quand même… je crois.(elle prend une inspiration, au milieu de ses sanglots)
Je suis allée à la cuisine. J’ai préparé le café. Comme d’habitude… Rien de spécial pourtant… enfin je crois, je sais plus, désolée… Quand je suis revenue, j’ai posé le plateau et… (elle ferme les yeux et souffle longuement, pour s’empêcher de pleurer)
Je crois que tout le monde a pris une tasse… au hasard comme d’habitude. Je me suis assise. J’étais fatiguée. Je sais plus…. Henri parlait encore. Il parlait fort. Comme d’habitude. Et puis… plus rien. Je comprends pas comment son cœur a pu lâcher… comme ça sans prévenir…. Je, je comprends toujours pas… Si j’avais su… je, je n’aurais pas fait de café… c’est pas bon… pour le coeur. Je, je ne sais pas… je suis perdue. (elle évite le regard du policier)


 SALON — MARC

(Marc est debout, près de la fenêtre)

Le Policier

Qui êtes-vous et que s’est-il passé cette après-midi ?

Marc, cousin d’Henri
Que dire de lui… Il aimait que les choses soient faites d’une certaine manière. Toujours les mêmes horaires. Les mêmes places. Même son café avec ses deux sucres et demi ne devait jamais changer. (il inspire)

En fait c’était un vieux con. Vraiment. Un vieux con. Il était con. On n’arrêtait pas de s’engueuler. Je ne supporte… supportais pas sa façon de toujours la ramener. Ce vieux con. (il s’assoit sur un fauteuil près de lui)

Quand Alice est arrivée avec le plateau, chacun s’est servi. C’était plus simple. Je m’en souviens parce que, justement, ça a évité une remarque d’Henri. Clara est partie chercher du sucre. En fait je suis sûr qu’elle voulait juste s’échapper de cet enfer. (un bref sourire)

Il a pris une tasse. Comme tout le monde. Il parlait encore, critiquait, donnait son avis, sur Alice, sur Clara, sur moi, … sur tout en fait. Moi je regardais mon téléphone en sirotant mon café quand tout est devenu silencieux. Henri était en train de casser sa pipe. Même son cœur en a eu marre de lui. C’est bien ça, non ? (regarde le policier)
En tout cas, à ce moment, je n’ai pas bougé. Pas réagi. (regard vide)
Il a juste récolté ce qu’il avait semé. Ce vieux con. (silence)


SALLE À MANGER — CLARA

(Clara est assise droite et évite le contact visuel)

Le Policier
Qui êtes-vous et que s’est-il passé cette après-midi ?

Clara
Je suis Clara, j’étais la sœur d’Henri. Je suis venue en voiture avec Alice pour le traditionnel repas familial du dimanche. (avec un ton limite moqueur)
C’était mon frère mais Henri aimait décider. Même quand il ne le disait pas. Ce soir-là, la discussion avait dégénéré, encore… Il reprochait à Alice son manque de sérieux et à Marc son absence. Et à moi d’être tous les malheurs du monde. (elle marque un temps)

Mais en fait je m’en moquais, vous savez… je suis une adulte, j’ai une vie stable. Ça ne me touchait pas plus que ça, contrairement à Marc et Alice. Quand le café est arrivé, j’étais près de lui. Il s’est calmé un instant. J’ai dû aller chercher le sucrier dans la cuisine, pour lui, parce qu’il me l’avait demandé. Alice avait déjà les larmes aux yeux, à cause de ses remarques. Et là… (sa voix craque)
Il s’est servi, a porté la tasse à ses lèvres. Je ne comprends pas comment c’est possible. Tout le monde… tout le monde a bu du café. Je ne comprends pas comment… (elle regarde le policier)
Quand il a changé de couleur, j’ai compris que ce n’était plus une simple dispute de famille. (elle souffle)
Il y a des silences qui tuent plus sûrement que les cris.

Cet article a été publié pour la première fois dans l’édition papier de Sundial Press du printemps 2026.

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Lucille Thomas

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