Ces dernières années, le nombre de personnes sans-abri aux États-Unis n’a cessé d’augmenter. D’après un rapport du ministère américain du Logement et du Développement urbain (HUD), elles étaient 770 000 en 2024 : un nombre record, qui représente une augmentation de 18% par rapport à 2023. Parmi les causes, le manque de logements, leur coût, les catastrophes naturelles, la pandémie de Covid-19 ou encore l’immigration.
Les étudiants ne sont pas épargnés par cette situation. En Californie, au sein du réseau universitaire public Cal State – l’un des plus vastes et accessibles du pays – ils sont 50 000 à vivre sans domicile (soit environ 10%). 1 étudiant sur 5 n’a pas d’accès régulier à la nourriture, et la plupart passent d’un logement à un autre, hébergés par des amis ou par leur famille, tandis que d’autres sont contraints de dormir dans leur voiture, une tente, un motel…
Edgard Rosales Jr, étudiant au Long Beach City College en Californie, a témoigné de sa situation auprès du Washington Post. Il vient d’être admis dans un programme de logement temporaire, financé par son université et géré par une association. Jusqu’à présent, il n’avait pas d’autre choix que de vivre dans sa voiture : “The number one word in my head is : survive, survive, survive” (“Ma priorité, c’est : survivre, survivre, survivre”). Le directeur, Mike Muñoz, ayant lui-même été sans domicile fixe, met à disposition des étudiants sans abri un parking sécurisé à partir de 20h : une rare proposition de solution dans la région. Edgard affirme que sans, il aurait été contraint d’abandonner ses études. Ce semestre, 10 des 15 places disponibles étaient occupées en moyenne chaque nuit.
Le fardeau de l’endettement
Cette précarité alarmante des étudiants américains est notamment liée au coût de leurs études. Ils sont nombreux à s’endetter sur des dizaines d’années, pour des dizaines voire des centaines de milliers de dollars. Cette dette étudiante, tout comme le nombre de personnes sans abri, n’a fait qu’augmenter ces dernières années. En 2024, elle a atteint 1700 milliards de dollars pour 43 millions de personnes concernées, soit une hausse de 42% en dix ans. Désormais, il s’agit d’un enjeu politique et social majeur. Le programme SAVE (Saving on a Valuable Education), initié par Joe Biden en 2023, proposait plusieurs solutions : la possibilité d’une annulation partielle de la dette sous certaines conditions, une baisse du pourcentage de revenu à payer, une capitalisation limitée des intérêts… Mais cette initiative, établie sans l’aval du Congrès, a été remise en cause, puis bloquée par une Cour d’appel fédérale en 2024.
Avant Biden, plusieurs présidents avaient déjà tenté de régler la question de la dette étudiante : de Clinton avec le Direct Loan dans les années 1990, qui a permis aux étudiants d’emprunter directement au gouvernement fédéral, à Obama avec l’Income-Based Repayment (IBR) qui permettait d’adapter le remboursement aux revenus. Malgré tout, la dette des étudiants ne cesse de croître, et impacte leur pouvoir d’achat, leurs conditions de vie, et les décourage dans la poursuite de leurs études. En 2023, 1 jeune diplômé sur 3 estimait que les bénéfices de son diplôme ne suffisaient pas à en justifier le coût. Les taux d’abandon avant la troisième année d’étude augmentent, en particulier pour les minorités et les personnes avec un faible revenu.
L’impact du shutdown
Avec le shutdown du gouvernement fédéral, le plus long de l’Histoire des États-Unis, cette situation est loin de s’être améliorée. Parmi les services qui ont été suspendus figurent ceux destinés aux étudiants, aux sans-abris, et aux familles en difficulté financière. En octobre, le Ministère de l’Agriculture (USDA) a notamment annoncé que l’aide alimentaire fédérale ne serait pas versée le 1er novembre comme elle aurait dû l’être. Mais grâce à l’intervention de deux tribunaux fédéraux, 4,65 milliards de dollars de fonds d’urgence seraient utilisés pour partiellement maintenir le programme d’aide nutritionnelle supplémentaire (SNAP), ce à quoi le gouvernement s’était initialement opposé. Une solution qui paraît insuffisante, puisque ces fonds d’urgence ne couvrent que la moitié des besoins pour novembre. 1 Américain sur 8 en dépend, et 40% des bénéficiaires sont des enfants.
Si le shutdown a finalement pris fin ce 13 novembre après 43 jours, son impact n’est pas prêt de s’effacer facilement. Plus d’un million de fonctionnaires américains n’ont pas été payés depuis le 1er octobre, et à cela s’ajoute une perturbation du versement de nombreuses aides sociales dont certains pourraient bien avoir du mal à se remettre – en particulier les plus précaires.
Photo Credits: Une personne sans-domicile-fixe dans une rue de Los Angeles, en Californie. GABRIEL BOUYS / AFP
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