Dans la série satirique Planète Cunk de Netflix, une réflexion absurde mais humoristique est posée : “Which was more culturally significant, the Renaissance or Single Ladies by Beyoncé ?”. Celle-ci pourrait bien résumer les débats enflammés qui commencent à pulluler dans les commentaires TikTok. Peu importe le TikTok sur lequel nous scrollons lors de notre séance journalière d’intense procrastination, CULTURE DU VIDE, CULTURE DU VIDE scandent sans fin des dizaines de comptes aux pseudos robotiques. En effet, de nombreux utilisateurs évoquent une possible dichotomie entre la culture classique et celle des réseaux sociaux, une culture du vide.
Alors, quelle est cette nouvelle croisade contre une pseudo-culture du vide ?
Pour ces croisés numériques, vidéos de maquillage, chorégraphies ou storytimes ne semblent pas représenter un apport culturel suffisant. Au contraire, elles ne seraient que le symbole d’une culture en déclin prônant l’amour du vide et de l’inutile. Pour eux, toute production devrait s’inscrire dans la lignée historique des grands auteurs ou aborder des sujets et réflexions plus intellectuels. Cependant, Cléopâtre était connue pour ses routines make up et ses traits de khôl sous les yeux ; Alexandre Dumas pour les storytimes d’un homme simple dont l’unique but était de se venger de ceux qui l’avaient piégé. Par ailleurs, ces commentaires critiques sont désormais sous des vidéos publiées par des médias comme Le Monde, voire même sur des vidéos humoristiques, féministes ou sur la santé mentale.
Si peu de personnes critiquent désormais les pratiques de beauté de la reine d’Egypte ou les histoires d’Alexandre Dumas, les artistes ont toujours été jugés sur la valeur culturelle de leurs œuvres. Dumas était critiqué pour son style jugé trop simpliste. Cléopâtre, elle, était souvent dépeinte par les Romains comme une séductrice plus qu’une grande pharaonne. L’exemple le plus flagrant reste tout de même Van Gogh, aujourd’hui exposé à travers le globe, qui n’a réussi à vendre qu’un seul tableau de son vivant, ses peintures étant jugées grossières. Alors aujourd’hui, on ne peut s’empêcher de penser que ces nouvelles critiques ne sont qu’une entrave à la liberté artistique et culturelle qu’offre TikTok. Par conséquent, ces critiques se retrouvant souvent sous des vidéos des pratiques de minorités, je pense qu’il s’agit d’une tentative d’uniformisation des cultures.
Bien souvent, ces commentaires visent des TikTok de femmes ou de personnes issues de minorités ethniques ou sexuelles. Le gymbro et son trentième TikTok sur la meilleure marque de Whey n’en sont souvent peu accusés, au contraire des femmes comme Chloé Gervais, qui aborde des sujets comme la santé mentale et la féminité.
Selon moi, ces critiques véhiculent un message : certaines cultures valent plus que d’autres, créant une hiérarchisation des cultures. En effet, cette idée de “sous-cultures” a toujours existé : les mangas, le rap, rien n’a pu y échapper.
Cependant, TikTok a donné une nouvelle ampleur à cette hiérarchisation. La capacité de commenter en masse et anonymement permet d’affirmer cette hiérarchie sans en subir les frais. Pire, cela incite l’artiste à arrêter toute production se rattachant à cette “culture du vide”. Le but semble donc plus simplement de critiquer et ostraciser, mais bien de remettre en question la légitimité et l’existence-même de ces contenus.
Pour moi, ce n’est pas parce que certains n’aiment pas les “smoky eyes” ou les chorégraphies sur du Doja Cat que TikTok peut être caractérisé de temple de la culture du vide. On pourrait à la rigueur attribuer ce titre à X depuis que le PDG s’en sert de journal intime, exprimant sa haine contre l’ancien “délégué” Joe Biden, mais aussi son adoration pour Donald Trump, le “nouveau mec populaire de la classe”. En effet, TikTok a certes un contenu considéré plus superficiel que les médias traditionnels, mais c’est avant tout une plateforme hôte d’une culture diversifiée, regroupant des communautés longtemps marginalisées, leur offrant un espace pour diffuser leurs traditions, arts et expériences.
Ainsi, plus de 36,3 millions de TikToks sont rassemblés sous le #GAYCULTURE et 84,9 millions sous le #ART, sans parler de la visibilité de TikToks partageant l’histoire et les traditions de certaines communautés. Exemple marquant : les 32,4 millions de vues du TikTok de Shinanova au cours duquel elle met en lumière les techniques de chant ancestral des peuples inuits, accompagnée de sa mère.
Par conséquent, selon moi, TikTok n’est pas un ennemi de la culture, au contraire, il l’enrichit et la rend plus accessible. Ce sont en réalité ces croisades élitistes qui menacent l’entièreté d’un écosystème propice à l’échange culturel. Au final, passer ses journées à critiquer tout contenu s’écartant légèrement de nos goûts, ne serait-ce pas justement cela, la culture du vide ?
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