À peine arrivée au pouvoir, la nouvelle Première ministre japonaise défie Pékin : si la Chine attaque Taïwan, le Japon réagira. Ce durcissement de position ranime les divisions entre les deux puissances et déclenche un jeu de représailles coûteux pour les deux pays.
Depuis l’arrivée au pouvoir de la nouvelle Première ministre japonaise Takaichi, les relations entre Tokyo et Pékin se sont brusquement dégradées. Son soutien explicite à Taïwan et sa volonté de renforcer la défense du pays ont provoqué une réaction immédiate de la Chine, qui voit dans ces déclarations une ingérence dans ses affaires internes. Entre menaces verbales, sanctions économiques et avertissements diplomatiques, une nouvelle crise sino-japonaise ravive les divisions historiques entre les deux puissances asiatiques.
Une déclaration controversée
Un mois après la prise de fonction de Sanae Takaichi, les tensions avec son voisin chinois sont déjà à leur comble. La position conservatrice de la ministre japonaise effraie la dictature rivale : elle est proche des États-Unis et souhaite augmenter ses dépenses de défense. Le 7 novembre dernier, elle laisse entendre que Tokyo interviendrait militairement pour soutenir Taïwan si l’île était envahie par l’armée chinoise. En effet, la loi japonaise oblige puisqu’il s’agirait d’une “situation menaçant la survie du pays”. Questionnée par un membre de l’opposition sur ce qu’il faudrait pour que la situation taïwanaise soit considérée comme telle, la Première ministre affirme qu’un usage de la force de la part de la Chine y suffirait.
En rompant avec sa prudence habituelle, Tokyo s’expose à une réaction cinglante de Pékin. Les Japonais sont décidés à contenir tout signe de soutien international à l’île, indépendante depuis 1949 malgré les velléités chinoises de se l’approprier.
Escalade et représailles
Le ministre chinois des Affaires étrangères a affirmé que la suggestion de Takaichi interfère avec les affaires internes du pays. Il la prévient “d’arrêter de jouer avec le feu“. Au-delà des mots, les représailles chinoises sont concrètes. Depuis le 19 novembre, la Chine a cessé toute importation japonaise de produits de la mer, alors que les deux pays sont économiquement interdépendants. L’Empire du Milieu exhorte ses citoyens à ne pas voyager vers son pays rival : quelque 500 000 billets d’avion à destination de l’archipel auraient été annulés. Le ministre chinois de l’Education a également conseillé aux étudiants de ne pas partir étudier au Japon, les mettant en garde contre des risques pour leur sécurité. Un nouveau coup pour le pays, qui a accueilli l’année dernière plus de 100 000 étudiants chinois dans ses universités.
Avec un communiqué du 17 novembre publié par l’ambassade du Japon à Pékin, l’Etat japonais riposte en prévenant ses citoyens de rester en sécurité s’ils se trouvent sur le territoire chinois.
De son côté, le Président taïwanais a souhaité envoyer un signe de soutien clair à Tokyo en publiant sur Facebook une photo de lui devant une assiette de sushis. En plus de cette pique culturelle, le ministre taïwanais des Affaires étrangères, Lin Chia-Lung, encourage les Taïwanais à voyager dans le pays allié et à acheter ses produits : “Nous devons soutenir le Japon pour qu’il puisse stabiliser la situation”.
Une crise révélatrice de tensions historiques
Selon les spécialistes, la crise à Taïwan n’est que la partie émergée de l’iceberg des divisions entre les deux grandes puissances. L’animosité de la Chine date de la campagne militaire brutale du Japon durant la Seconde Guerre mondiale. Si les relations diplomatiques se sont normalisées en 1972, l’histoire continue de peser. A cela s’ajoutent les frictions territoriales concernant les îles Senkaku ou Diaoyu, dont la souveraineté est revendiquée pour des questions stratégiques et économiques.
Cet épisode révèle la fragilité des relations sino-japonaises. Les héritages historiques, les rivalités en mer de Chine, le rôle décisif de Taïwan, et le rapprochement de Tokyo avec Washington forment un terrain propice à des crises répétées. Reste à savoir si le Japon et la Chine sauront contenir ces nouvelles tensions ou si cet affrontement autour de Taïwan n’est que le prélude d’un nouveau rapport de force en Asie de l’Est. Dans ce jeu d’influence, Taïwan est le miroir des ambitions, des inquiétudes et des limites de deux puissances qui redéfinissent leur place mondiale.
Photo credits: Le Président chinois Xi Jinping serre la main de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi avant leur réunion à Gyeongju, Corée du Sud, 31 octobre 2025. (Kyodo News via AP, File)
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