Chapô : Tiraillés entre impatience et peur des résultats, les lycéens ont la main légère lorsqu’il s’agit de critiquer Parcoursup. Mythes ou réalités : les informations sont floues, tout se fait à tâtons… Est-ce une défaillance purement française ? Fait-on mieux ailleurs ?

Face à l’amer souvenir de Parcoursup, nous avons enquêté auprès des sciencepistes pour savoir si chez nos voisins européens, une meilleure solution existait pour l’accès aux études supérieures.
Trop de vœux à formuler
Que mettre pour les dix voeux ? Souvent trois ou quatre sont choisis par défaut, en guise de “vœux de secours”, parfois à raison : ils ne représentent pas vraiment les véritables souhaits des élèves et saturent les commissions de recrutement. Ces dix vœux apparaissent comme le maximum en Europe. Ailleurs, la plateforme nationale n’en permet généralement qu’entre quatre et huit.
L’autre enjeu est celui du classement par préférence ; il n’y a qu’en France et au Royaume-Uni que l’ordre ne compte pas. Dans une majorité de pays européens comme le Portugal, les pays baltes et scandinaves, les vœux sont ordonnés. Places libérées, pas d’angoisse de la file d’attente… mais pas de changement d’avis possible.
L’Espagne a trouvé une autre solution, notamment utilisée pour les études de médecine en France : chaque candidat à l’examen national est classé selon ses résultats. Les meilleurs ont le privilège de choisir leur université en premier, et les places se resserrent ensuite.
“Le bac ne vaut plus rien”
En France, les universités ne prennent plus en compte les notes réelles obtenues aux épreuves finales du baccalauréat – à l’exception du bac de français, au grand dam des scientifiques. A cause du calendrier qui place les candidatures en études supérieures avant les épreuves en juin, c’est donc le contrôle continu qui entre en jeu. Et c’est une exception européenne. La majorité des universités recrutent au contraire exclusivement sur la base des résultats aux examens en décalant les dates des candidatures ou des épreuves.
Quant à nos voisins britanniques, ils ont trouvé un autre compromis avec le système des “predictive grades”. Lorsque l’élève postule en octobre, ses enseignants prédisent la note qu’il obtiendra en juin aux A-Levels (équivalent du bac). Au moment où les réponses tombent, les futurs étudiants sont soit catégoriquement refusés, soit acceptés sous condition d’obtenir une note minimale au véritable examen.
Les lettres de motivation, atout ou illusion ?
Les étudiants interrogés venant d’Italie, de France et du Royaume-Uni, pays dans lesquels la lettre est demandée, s’accordent pour dire que le concept est positif en soi. Elle permet de justifier son projet et de convaincre le comité de sélection, comme en entreprise. Surtout, la lettre désacralise les notes au profit de la personnalité : c’était bien la tentative de Sciences Po avec les essais personnels. Toutefois, face à la quantité de candidatures reçues, ce sont souvent des robots qui les lisent à la place des examinateurs. Finalement, moins d’humanité. Dans les pays dont les formations ne demandent pas de lettre de motivation, comme le Portugal, la Pologne ou la Finlande, les lycéens gardent un seul objectif clair en tête : obtenir les meilleures notes possibles. Processus simplifié, enjeu amplifié.
La longue attente des résultats
Une fois les vœux définitifs, et les lettres envoyées, on ne peut plus rien maîtriser, plus rien changer, et nos études à venir ne dépendent plus de nous : angoisse ! En France, et dans la péninsule ibérique, les futurs étudiants sont libérés de cette terrible attente en moins de deux mois, les résultats arrivant au début de l’été. Mais nos amis anglais doivent supporter ce stress des mois durant, de l’automne au printemps. Ils devront encore attendre septembre pour finalement savoir s’ils intégreront leur nouvelle école, une fois les résultats d’examens confirmés, avec toujours ce risque de perdre son vœu en cas d’échec.
Seconde chance ?
Après les réponses, certains sont plus déçus que d’autres : que faire pour trouver une solution en urgence ? Dans la plupart des pays, une seconde phase d’admission existe pour sauver les moins chanceux : c’est le cas en France et au Royaume-Uni. Mais au Portugal, de nombreux étudiants se retrouvent à la mi-août sans option. Ces jeunes sont contraints de passer une année sans faire d’études, à moins de réviser à nouveau l’examen pour le repasser.
Le chemin est long, éprouvant et parfois décevant, qu’importe où vous vous trouvez en Europe. Mais peut-être faut-il simplement relativiser : cette idée générale de regrouper les études supérieures en une unique plateforme, et d’aligner les dates des processus de sélection facilitent l’organisation a minima. Encore faut-il trouver les moyens de passer cette épreuve mythique de la jeunesse.
Cet article a été publié pour la première fois dans l’édition papier de Sundial Press du printemps 2026.
Photo Credits: RUT MIIT / Licence Unsplash
Other posts that may interest you:
- En Chypre du Nord, la Turquie n’a plus le dernier mot
- The Forgotten Conflict in Nagorno-Karabakh
- COMPRENDRE L’IRAN: Des jeux d’alliances, et une société en pleine mutation (2)
- COMPRENDRE L’IRAN : Quand l’Iran s’impose sur la scène internationale
Discover more from The Sundial Press
Subscribe to get the latest posts sent to your email.



